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Pas dans le cul aujourd’hui – Jana Černá

pasdanslecul_couverturehd_0Littérature tchèque à l’honneur ce jour. Pas dans le cul aujourd’hui est une lettre de Jana Černá à son mari Egon Bondy écrite à Prague aux environ de 1962 sous l’ère communiste. Elle se lit en moins d’une heure et soulève des tempêtes, aiguise l’intellect, pourrait être provocante, se contente d’exprimer une pensée totalement et démesurément libre. Jana Černá est la fille de la journaliste, écrivaine et traductrice tchèque Milena Jesenská, célèbre destinataire des Lettres à Milena de Franz Kafka. De toute évidence, Jana Černá est aussi la digne héritière du tempérament extrêmement libre et des valeurs féministes de sa mère. Dans cette lettre enflammée, elle exprime, sans jamais se soumettre, toute l’admiration, le soutien, le désir et l’amour qu’elle voue à son époux, frisant parfois le mysticisme, elle adule tout autant son intellect – l’homme est philosophe et poète et trop peu traduit en français à mon grand désespoir – que son corps. Elle s’exprime avec une sincérité, une modernité et une liberté inouïe. Son discours n’en est pas moins très juste et hors de tout conformisme. Jana Černá est tout à la fois femme aimante et dévouée, amante excentrique, poète à la langue aiguisée, intellectuelle de haut vol. Elle appartient à ce que l’on appelle l’underground pragois des années 50-60’s que je découvre progressivement avec les œuvres de Bohumil Hrabal notamment – merci L’Esprit Livre pour les références en la matière.

Pour achever/tenter de vous convaincre je vous rapporte le poème – le seul traduit en français ? – qui ouvre cette correspondance et qui donne parfaitement le ton de la lettre.

Pas dans le cul aujourd’hui
j’ai mal

Et puis j’aimerais d’abord discuter un peu avec toi
car j’ai de l’estime pour ton intellect

On peut supposer
que ce soit suffisant
pour baiser en direction de la stratosphère

21.12.1948


Pas dans le cul aujourd’hui – Jana Černá
traduit du tchèque par Barbora Faure
Editions La Contre-Allée, 2014
Première publication : Clarissa a jiné texty, Concordia, 1990


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Challenge Multi-défis 2016 : Un livre d’un auteur enfant d’écrivain

Mémoires d’une jeune fille rangée – Simone de Beauvoir

9782070355525fsJe remonte la piste « Didier Eribon » et me voilà plongée dans cette étrange autobiographie, bien loin de mes préoccupations premières. Mémoires d’une jeune fille rangée retrace les premières années de la philosophe Simone de Beauvoir de la naissance à sa rencontre avec Jean-Paul Sartre.

Avant toute chose je suis frappée par le rythme, extrêmement régulier, et par le style que je qualifierais de distingué, à l’image de la jeune fille décrite. Je suis entrée dans le récit sans aucun à priori, ignorante de la vie de l’auteur. Je sais par ailleurs que ce livre a marqué nombre de lectrices. Le rapport de Simone de Beauvoir à la littérature et à la philosophie, son indépendance d’esprit dans un cadre social et familial étriqué, ses choix amicaux, ses questionnements sur le mariage et les études, son ennui, interpellent. Cela dit, je n’ai pu me défaire de l’idée tout au long de ma lecture que j’avais sérieusement affaire à des problèmes de petite bourgeoise, certes bien réels mais pour lesquels ils m’étaient bien difficiles de me sentir concernée. Sans cesse, j’ai attendu la révolte, les cris, une réponse au carcan qui s’impose par cette indéniable régularité du rythme, en vain semble-t-il. Quoique les limites soient en permanence repoussées discrètement et presque naturellement, l’explosion ne se produit pas et ma patience est mise à rude épreuve. Je reste sur ma faim, interpellée mais inassouvie.


Mémoires d’une jeune fille rangée – Simone de Beauvoir
Folio, 2008, 473 p.
Première publication : Gallimard, 1958


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Challenge Multi-défis : un livre dont l’action se déroule dans le passé

Le droit de mentir – Benjamin Constant & Emmanuel Kant

61id8pk2bevl-_sx351_bo1204203200_1Il m’est peu de choses plus intolérables que d’être face à une personne qui ment ostensiblement et consciemment. Irrémédiablement, celle-ci se transforme à mes yeux en hideux cafard rampant que j’écrase en pensée d’un coup sec du talon avant de lui tourner le dos – oui, je suis parfois excessive dans mes réactions. Non seulement écoeurée de la perte immédiate de confiance en mon interlocuteur, je comprends également le mensonge comme la marque évidente d’une bêtise assumée, d’un déni de l’intelligence saine et de son usage, telle que l’individu qui oserait encore se tenir debout devant moi m’apparait alors absolument indigne de sa qualité d’être humain. Une perte de dignité en bonne et dûe forme qui ne devrait inspirer que honte de lui-même au menteur démasqué. Toutefois, si mes vœux se réalisaient, la vie ne serait tout simplement plus tenable au vu du nombre de mensonges – même minuscules – proférés quotidiennement par tout un chacun – à commencer peut-être (mais vraiment pas très souvent !) par moi-même.

Devant ce malheureux constat, j’ai voulu comprendre d’où venait ce « léger » agacement. Les deux milles ans d’éducation m’imposant un certain « Tu ne mentiras point » sont peut-être une ébauche d’explication – quoique je m’affranchis bien plus facilement de nombreux autres conseils promulgués par les religions. Pour répondre à ce questionnement, et après interrogation du Grand Google – « ô Grand Google, toi qui sais tout, dis-moi pourquoi le mensonge m’est tant insupportable ! » – je me suis tournée vers les philosophes et ce court ouvrage des éditions Mille et une nuits particulièrement bien fait et accessible. J’avais en effet de nombreux a priori sur la philosophie depuis les interminables cours du lycée et ne m’y étais jamais vraiment ré-intéressée.

En quelques 95 pages, et dans un livre plus petit que ma main – si si je vous assure ! – les éditeurs ont soigneusement sélectionné plusieurs textes de la fameuse polémique du XVIIIème siècle – que je découvre ! – entre Benjamin Constant et le déjà très imposant Emmanuel Kant sur le droit au mensonge. Outre le format, la deuxième bonne nouvelle est que j’ai compris le texte ! Petit miracle en soi, je découvre que la philosophie peut être accessible et que le seul nom d’Emmanuel Kant qui m’effrayait jusqu’alors n’est plus une excuse pour repousser ce type de lecture. En effet, son propos qui amorce l’ouvrage par un extrait des Fondements de la métaphysique des mœurs est extrêmement intelligible, fluide et clarifiant, d’une logique absolument merveilleuse sur l’illégitimité du mensonge. Je découvre par la même occasion que j’aime et admire la logique précise et soigneusement agencée d’un juste raisonnement – je vous en faisais déjà part indirectement et dans un tout autre contexte dans ce billet sur Maurice Leblanc, l’inventeur d’Arsène Lupin.

Suit alors la réponse de Benjamin Constant imposant une limite au devoir de vérité : celle-ci ne doit pas nuire à autrui, tout le monde n’a pas droit à la vérité. Il soulève l’exemple de l’ami coursé par des tueurs et que l’on cacherait chez soi, faut-il oui ou non révéler sa présence aux poursuivants qui sonneraient à notre porte ? – là, je vous avoue que le cafard que j’écraserais volontiers du pied ne serait certainement pas le menteur. Et Benjamin Constant de développer tout aussi élégamment – quoique dans un jargon un peu plus difficile sans être illisible – son argumentaire opposé aux thèses d’Emmanuel Kant. Le même E. Kant restera sur ses positions en déconstruisant les arguments de B. Constant – comment déterminer qui aurait droit et qui n’aurait pas droit à la vérité ? – mais intègrera dans ses publications suivantes l’exemple de B. Constant pour mieux défendre son propos initial. Un troisième texte d’Emmanuel Kant sur la nécessité d’une sincérité envers soi-même vient compléter les extraits précédents pour la plus grande joie du philosophe en herbe. La polémique reste finalement en suspens – à moins de se rallier à l’idéal de Kant – , la postface de Cyril Morana éclaire l’ensemble, il insiste notamment sur une volonté de faire le bien qui viendrait nuancer les thèses de B. Constant et E. Kant. J’avoue que ce dernier argument me laisse sceptique. C. Morana reformule également les deux propos et en définit les limites.

Pour conclure, cette re-découverte du raisonnement philosophique est une réussite. Je ne sais pas si j’oserai franchir le pas mais l’idée de lire Kant et ses Fondements de la métaphysique des mœurs commence à trotter dans mon esprit et ne me semble plus aussi improbable. Quant à mon questionnement initial sur le mensonge, non seulement, j’y ai trouvé quelques réponses mais j’ai également pu le faire évoluer vers une prise de position moins tranchée… – au prochain face à face avec un misérable insecte, je m’accorderai quelques secondes de réflexion avec Benjamin Constant avant d’écraser magistralement ce cafard dans un geste kantien !


Le droit de mentir – Benjamin Constant & Emmanuel Kant, commenté par Cyril Morana
Editions Mille et une nuits, 2003, 95 p.


Challenges concernés

Challenge Multi-défis :
Un livre d’un genre que vous détestez (ou croyez détester)

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Le Feu sacré – Régis Debray

Voilà un essai que je voulais lire depuis bien longtemps, depuis la lecture de La jeunesse du sacré du même auteur précisément. La Sainte Ignorance aura été le prétexte pour rebondir et creuser encore cette notion de sacré qui me questionne toujours autant. Avec Régis Debray, j’aborde le sujet sous l’angle de la philosophie, discipline qui m’est totalement étrangère et difficile d’accès.

Le Feu sacré : fonctions du religieux est divisé en cinq parties. Les quatre premières correspondent à quatre fonctions du religieux : Fraternités, Hostilités, Identités et Unités ; la dernière, Actualités, fait le point sur la place du sacré dans nos sociétés contemporaines.

Pour tout avouer, j’ai eu beaucoup de mal avec cet essai, d’abord avec le style de l’auteur : soutenu comme le veut l’écriture universitaire, le discours est parcouru de phrases humoristiques probablement au goût des érudits ; mais à tenter de saisir les blagues, j’en ai pour ma part, le plus souvent, perdu le fil du raisonnement. Il en résulte une lecture extrêmement frustrante – voire, si j’osais, horripilante. Rien de tel qu’un sujet intéressant mais insaisissable. La faute en est essentiellement à ma maigre capacité de concentration, j’en conviens.

Si ma lecture en dilettante ne me permet pas de vous en faire un résumé présentable, je me rend compte, les jours passant, que les idées soulevées continuent de me questionner. En particulier, la deuxième partie sur les hostilités : rien de tel qu’une guerre pour rassembler un peuple. Pourquoi est-il plus facile de s’unir pour tuer que pour aimer ? Question naïve j’en conviens…et sans réponse. Dans « Fraternités », Régis Debray débute son chapitre en distinguant les parcours spirituels à caractère personnel du religieux à vocation collective. Une définition évidente pour certains mais essentielle pour moi. Ainsi, je retiens de ce livre des bribes d’informations qui me reviennent quand je m’y attend le moins en faisant écho à d’autres choses ; mais globalement, malheureusement, j’ai trop souvent décroché du texte.

Pour tenter de poursuivre certaines idées, j’ai continué mes lectures par Les Barrages de sable, un roman de Jean-Yves Jouannais, où l’auteur s’interroge sur cette tendance naturelle que nous avons tous, en bord de mer, de vouloir construire des fortifications contre la marée montante. Indirectement, les questionnements sur la guerre ressurgissent. Plus scolairement, je prévois de lire La violence et le sacré de René Girard, cité à la fois par J.-Y. Jouannais et Régis Debray chacun à leur manière, en espérant y trouver des réponses plus explicites.

Un petit extrait riche en couleur de la p. 426 de ma version de poche, caractéristique du style de l’auteur et de certaines idées développées tout au long de l’essai :

« Et que vaut-il mieux, se disputer, voire s’entraider dans Babel, ou rôder dans un no man’s land apaisé ?
C’est ici qu’on se prend à rêver d’un œcuménisme qui ne serait pas un concordisme, visant non à délayer mais à préciser les profils spirituels. A mieux identifier les différences plutôt qu’à les effacer. D’un dialogue interreligieux qui, au lieu de produire de l’eau de rose avec des liqueurs fortes, via la théologie la plus faible, mettrait en valeur, ce que les autres théologies ont de fort et d’irréductible. Ce genre de rencontre aurait moins besoin de facilitateurs souriants que de traducteurs exigeants, à l’image des juifs de Tolède, et des Arabes d’Andalousie. L’Esprit-Saint est-il condamné à prendre l’autoroute ? »

Challenges concernés

Challenge ABC Critiques 2014/2015

      

La jeunesse du sacré – Régis Debray

La lecture de Religions : les mots pour en parler ayant réveillé mon appétit pour les sciences religieuses, j’ai emprunté à la bibliothèque du quartier La jeunesse du sacré de Régis Debray, cité parmi les publications récentes (2012) de la bibliographie de Bœspflug & co. Le premier avantage de cet ouvrage : il est ludique et largement illustré. Le deuxième et le plus important : il permet de se défaire d’un certain nombre d’a priori sur la notion de sacré. Sur ce point, la lecture de Religions : les mots pour en parler nous aura déjà un peu dégrossi.

L’ouvrage s’articule autour de sept points : l’espace clôt, le caractère rassembleur du sacré, la notion d’interdit, le travail du temps, les vicissitudes, les allergies, les résurgences. Les trois premiers chapitres sont autant de caractéristiques propres au sacré. Les suivants tendent d’avantage à mettre en exergue son évolution et la multiplicité de ses formes, notamment par la distinction entre « sacré d’ordre » lors d’un défilé militaire par exemple, et « sacré de communion » propre au rassemblement spontané des foules.

Parmi les idées clés que j’ai retenues, il faut distinguer la notion de sacré de celle de religion ou même de Dieu. La notion de dieu unique juive apparaît au VIIème siècle avant notre ère. Les premières traces de monothéisme (ou de polythéisme présentant un dieu dominant) sont toutefois connues en Egypte et en Mésopotamie dès – 3000. La notion de sacré, en revanche, est attesté dès – 100 000 avec les premiers rituels funéraires ! Pour certains auteurs, tel Julien Riès, le sacré apparaît avec les premières traces d’un sens esthétique chez l’homme, soit vers – 300 000. Pour Régis Debray, on peut parler de sacré dès lors que « l’individu se sent dépassé par quelque chose de plus grand, de plus ancien et de plus durable que lui-même ». Le sacré n’est donc pas nécessairement lié à la religion telle qu’on la connait aujourd’hui. Il existe d’ailleurs un sacré laïc, au cœur de la démonstration de l’auteur. Il souligne que ce qui est sacré pour l’un ne l’est pas (ou l’est moins) pour l’autre. Un exemple autour de la justice : deux photos mises côte à côte de tribunaux français et américain. Sur la première, l’espace est délimité pour les jurés, les avocats, l’accusé, le public, etc., les faits et gestes sont ritualisés. La clôture et le rituel sont des éléments constitutifs des espaces sacrés. Sur la seconde photographie, on peut voir une salle de réunion, un lieu de travail sans fioriture. On observe ici des degrés de sacralité différents autour de la notion de justice.

En conclusion de son ouvrage, Régis Debray nous invite à nous questionner individuellement sur ce qui revêt un caractère sacré à nos yeux, en dehors de la famille.

Pour ma part, j’ai aimé lire La jeunesse du sacré, j’ai aimé découvrir ces formes de sacré laïc nécessaires, qu’on le veuille ou non, à la cohésion d’un peuple. Et je garde à l’esprit en le lisant, cette définition du sacré de Mircea Eliade : le sacré est l’« effort fait par l’homme pour construire un monde qui ait une significiation ».

Quant à la constitution de mon panthéon personnel, il est encore en construction…

La pensée chinoise – Marcel Granet

Source : Albin-michel.fr

La pensée chinoise - Marcel Granet

On déniche parfois quelques trésors parmi les ouvrages recalés à l’examen d’entrée des bibliothèques, et abandonnés dans un bac « Servez-vous ». La pensée chinoise de Marcel Granet en fait partie. Daté de 1934, il n’en reste pas moins un classique de la sinologie à en croire le préfacier Léon Vandermeersh. Pour ma part, j’y accorde toute ma confiance de néophyte en la matière. Je regrette simplement les exposés pointilleux et universitaires qui n’en finissent pas… Probablement nécessaires au sinologue, ils me sont tout bonnement inaccessibles. Je m’y accroche tout de même :  intriguée par les notions de Yin et de Yang présentées sous l’angle scientifique et rassurant de l’anthropologie ; passionnée par l’application pratique et concrète des notions de Yin et de Yang que j’imaginais jusqu’alors strictement  philosophiques et spirituelles.

Je lutte pour rester accrochée au discours de l’auteur, ne serait-ce que pour en savoir un peu plus sur ce classique de la philosophie chinoise, fascinant et mystérieux, qu’est pour moi le Yi King. Rare trace écrite de la Chine ancienne parvenue jusqu’à nous,  le Yi King reste une référence pour les historiens et autres sinologues, un témoignage incontournable de la pensée chinoise ancienne, que Marcel Granet ne manque pas de citer pour appuyer ses propos.

Je menace toutefois à chaque paragraphe d’abandonner le livre, momentanément au moins, le temps de trouver l’équivalent de « La Pensée chinoise pour les Nuls »….

Comment je vois le monde – Albert Einstein – 3

Josef Popper Lynkeus

Au détour d’une page de Comment je vois le monde, Albert Einstein nous présente en quelques lignes l’image que lui renvoie Josef Popper-Lynkeus. Comme toujours, ce nom m’intrigue et je veux en savoir en plus. Qui est donc cet homme au nom si particulier ? Einstein le présente comme un ingénieur et un écrivain ; il approuve particulièrement sa vision de la société qui doit être en mesure d’assurer le développement personnel de chaque individu…un précurseur du socialisme en quelque sorte…En faisant quelques recherches rapides sur Popper-Lynkeus, j’ai l’agréable surprise de découvrir non pas seulement un ingénieur et un écrivain mais également un des précurseurs de la philosophie sociale. Je ressens toujours une pointe d’admiration pour ces hommes qui ont su allier les sciences dures aux sciences humaines et sociales. Je reste convaincue que la compréhension du monde nécessite cette double approche à la fois opposée et complémentaire…Issue d’une famille juive, et soumis à la réglementation autrichienne qui interdit aux scientifiques juifs l’accès à la fonction publique, Popper ne peut exercer son métier et ses talents en mathématiques, physique et technologie comme il aurait dû. Il reste toutefois connu pour ses écrits en philosophie sociale et notamment son Droit à l’alimentation.

Résultats, idées, problèmes - Tome II 1921-1938 - Sigmund Freud

En continuant mes recherches rapides sur Google, je constate qu’Einstein n’est pas le seul à mentionner Popper-Lynkeus dans ses écrits. Sigmund Freud, dans ses Résultats, idées et problèmes publie un article entier sur Josef Popper-Lynkeus, daté de 1932. Oui, oui ! J’ai bien dit Freud le psychanalyste…nous sommes dans un tout petit monde de personnages exceptionnels par leurs connaissances scientifiques en tous domaines…Et ça fait du bien ce mélange des genres ! Alors pourquoi Freud s’est-il intéressé à Popper-Lynkeus ? Freud fait surtout référence à un ouvrage en allemand de Popper-Lynkeus Phantasien eines Realisten (Les Fantasmes d’une réalité). Il mentionne un chapitre particulier où Popper-Lynkeus décrit la façon dont rêve le protagoniste de son histoire. Freud venait alors de publier son Interprétation des rêves et on imagine son enthousiasme en lisant sous  la plume de Popper-Lynkeus les mots de ce personnage fictif expliquant que ses rêves n’ont rien d’absurde ou d’impossible et qu’il « est toujours le même homme, qu’il rêve ou qu’il veille ». Popper-Lynkeus avait décrit là sans le savoir la future théorie des rêves de Freud…

Sigmund Freud écrit alors, à propos de Popper-Lynkeus :

« Subjugué par la coïncidence entre mes vues et sa sagesse, j’entrepris dès lors de lire tous ses écrits, entre autres ceux qui concernaient Voltaire, la religion, la guerre, la communauté et ses obligations alimentaires, jusqu’à ce que s’érige clairement devant moi la figure de ce grand homme, penseur et critique doublé d’un philanthrope et d’un homme de réformes bienveillant. »

Voilà une image de Josef Popper-Lynkeus qu’Albert Einstein partageait sans doute…

Freud conclut son article ainsi :

Sigmund Freud en 1921

« Mes innovations en psychologie m’avaient aliéné la faveur de mes contemporains, particulièrement des plus âgés d’entre eux. Il n’était que trop fréquent qu’approchant un homme que j’avais révéré de loin, je me visse pour ainsi dire éconduit par l’incompréhension de ce qui était devenu la substance de ma vie. Josef Popper, quant à lui, provenait de la physique, il avait été l’ami d’Ernst Mach; je ne voulais pas laisser troubler cette agréable impression née de notre accord sur le problème de la déformation du rêve. Ainsi donc, il advint que je différais ma visite jusqu’à ce qu’il fût trop tard et que je ne pusse plus saluer que son buste dans le parc de notre hôtel de ville. »

Josef Popper-Lynkeus meurt en 1921…