La jeunesse du sacré – Régis Debray

La lecture de Religions : les mots pour en parler ayant réveillé mon appétit pour les sciences religieuses, j’ai emprunté à la bibliothèque du quartier La jeunesse du sacré de Régis Debray, cité parmi les publications récentes (2012) de la bibliographie de Bœspflug & co. Le premier avantage de cet ouvrage : il est ludique et largement illustré. Le deuxième et le plus important : il permet de se défaire d’un certain nombre d’a priori sur la notion de sacré. Sur ce point, la lecture de Religions : les mots pour en parler nous aura déjà un peu dégrossi.

L’ouvrage s’articule autour de sept points : l’espace clôt, le caractère rassembleur du sacré, la notion d’interdit, le travail du temps, les vicissitudes, les allergies, les résurgences. Les trois premiers chapitres sont autant de caractéristiques propres au sacré. Les suivants tendent d’avantage à mettre en exergue son évolution et la multiplicité de ses formes, notamment par la distinction entre « sacré d’ordre » lors d’un défilé militaire par exemple, et « sacré de communion » propre au rassemblement spontané des foules.

Parmi les idées clés que j’ai retenues, il faut distinguer la notion de sacré de celle de religion ou même de Dieu. La notion de dieu unique juive apparaît au VIIème siècle avant notre ère. Les premières traces de monothéisme (ou de polythéisme présentant un dieu dominant) sont toutefois connues en Egypte et en Mésopotamie dès – 3000. La notion de sacré, en revanche, est attesté dès – 100 000 avec les premiers rituels funéraires ! Pour certains auteurs, tel Julien Riès, le sacré apparaît avec les premières traces d’un sens esthétique chez l’homme, soit vers – 300 000. Pour Régis Debray, on peut parler de sacré dès lors que « l’individu se sent dépassé par quelque chose de plus grand, de plus ancien et de plus durable que lui-même ». Le sacré n’est donc pas nécessairement lié à la religion telle qu’on la connait aujourd’hui. Il existe d’ailleurs un sacré laïc, au cœur de la démonstration de l’auteur. Il souligne que ce qui est sacré pour l’un ne l’est pas (ou l’est moins) pour l’autre. Un exemple autour de la justice : deux photos mises côte à côte de tribunaux français et américain. Sur la première, l’espace est délimité pour les jurés, les avocats, l’accusé, le public, etc., les faits et gestes sont ritualisés. La clôture et le rituel sont des éléments constitutifs des espaces sacrés. Sur la seconde photographie, on peut voir une salle de réunion, un lieu de travail sans fioriture. On observe ici des degrés de sacralité différents autour de la notion de justice.

En conclusion de son ouvrage, Régis Debray nous invite à nous questionner individuellement sur ce qui revêt un caractère sacré à nos yeux, en dehors de la famille.

Pour ma part, j’ai aimé lire La jeunesse du sacré, j’ai aimé découvrir ces formes de sacré laïc nécessaires, qu’on le veuille ou non, à la cohésion d’un peuple. Et je garde à l’esprit en le lisant, cette définition du sacré de Mircea Eliade : le sacré est l’« effort fait par l’homme pour construire un monde qui ait une significiation ».

Quant à la constitution de mon panthéon personnel, il est encore en construction…

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2 réflexions au sujet de « La jeunesse du sacré – Régis Debray »

  1. David

    Le matérialisme et son côté sceptique a eu du bon car il nous permet en rejetant le sacré de rejeter les différents masques que l’homme lui a donné, entre autres à travers les religions. Notre quête démarre donc sur une base de lucidité et non de dogmes ou de superstitions. C’est la vision d’Aurobindo et je la trouve particulièrement adaptée aux occidentaux en quête de spirituel et ayant rejeté les religions aussi bien que le matérialisme, égarés dans une voie du milieu difficile à assumer.

    Quant à la constitution de ton panthéon personnel, je te recommande « Shiva et Dionysos » et « Des mythes pour se construire » d’Alain Daniélou et Joseph Campbell. On y compare les mythologies plutôt que de les opposer. L’homme en quête des forces subtiles qui dirigent son être, ça donne des idées différentes dans la forme mais curieusement identiques dans le fond et ce malgré le temps et l’espace qui sépare certaines civilisations.

    Je vois que ton blog est en bonne santé, je te souhaite bonne continuation 🙂

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    1. Moglug Auteur de l’article

      Bonjour David,
      Et merci beaucoup pour ce message ! Je connais « Shiva et Dionysos », j’ai du le lire il y a quelques années, ou au moins le feuilleter. Je ne connais pas « Des mythes pour se construire » mais je l’ajoute à ma liste de livres à lire^^ J’aime beaucoup ton approche (et celle d’Aurobindo) du matérialisme , et il est vrai que j’ai tendance à m’appuyer d’avantage dessus moi aussi depuis quelques temps, pour rebondir un peu plus haut. 🙂

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