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Elle, par bonheur, et toujours nue – Guy Goffette

513xdt33qsl-_sx210_C’est au cours d’un mois belge que j’ai eu connaissance pour la première fois des écrits de Guy Goffette. Dans la foulée et en accordant toute ma confiance à l’une ou l’autre blogueuse – Anne, Mina, Florence, lesquelles encore ? – j’ai acheté ce court livre que je n’ai lu qu’aujourd’hui, un véritable délice de lecture comme j’en ai connu peu ces derniers mois, à vous faire monter les larmes aux yeux !

Elle, c’est Marthe, l’épouse du peintre Pierre Bonnard, et surtout sa muse. Guy Goffette prend soin ici de débuter son roman par une lettre d’excuse à l’artiste :

« Pardonnez-moi, Pierre, mais Marthe fut à moi tout de suite. Comme un champ de blé mûr quand l’orage menace, et je me suis jeté dedans, roulé, vautré, pareil à un jeune chien. ».

Et c’est un roman d’amour qui s’en suit, une véritable déclaration à celle, toujours nue, que l’on retrouve dans de nombreux tableaux de l’artiste, une déclaration au peintre lui-même qui a su sublimer la grincheuse et neurasthénique Marthe, oscillant pour l’éternité entre muse et femme. Guy Goffette peint un nouveau tableau – littéraire cette fois – représentant le couple Bonnard de leur rencontre à leurs derniers jours, et ce bijou de poésie et d’érotisme est à vous ravir le cœur…


Elle, par bonheur, et toujours nue – Guy Goffette
Gallimard, 1998, 158 p.


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Premières lignes… #20

Les boucles se formaient et s’entrelaçaient avant de s’allonger docilement dans le même sens. Et le minuscule outil d’acier, cette faiseuse de miracle, œuvrait, sans relâche, imperturbable, comme si elle eût été insensible à la beauté de son oeuvre. Elle semblait n’avoir qu’une préoccupation : accomplir sa tâche du jour. Comme l’abeille, elle ne prenait guère le temps de s’extasier sur la merveille par elle réalisée. Elle ne trouvait là rien d’extraordinaire. Elle existait pour exécuter des points, tout comme l’abeille existait pour confectionner du miel. Et le svelte serviteur de l’art de continuer ses bouclettes qui s’enchaînaient les unes aux autres, presque avec bonheur, comme si elles se réjouissaient d’être liées, de s’appartenir, de n’avoir de sens qu’ensemble.

Histoire d’Awu – Justine Mintsa [incipit]

Premières lignes…#7

« Comme vous le savez sûrement, les droits d’auteur de l’écrivain Israel Joshua Singer, frère aîné du Prix Nobel Isaac Bashevis Singer, tomberont dans le domaine public en 2014. Notre maison d’édition a l’intention de publier un choix d’œuvres en yiddish de cet auteur inconnu des lecteurs italiens. Nous voudrions donc vous charger de sélectionner dans sa vaste production de récits ceux qui vous semblent les plus intéressants. Nous vous confierons la traduction et la direction de ce recueil. Nous savons que vous êtes un lecteur passionné de littérature yiddish et que vous avez traduit le dernier chapitre du roman Die Familie Mushkat d’Isaac Bashevis Singer. Si vous acceptez notre proposition, nous vous enverrons les photocopies en yiddish des récits d’Israel Joshua Singer… »

Le tort du soldat – Erri De Luca [incipit]

 

Un rendez-vous initié par Ma lecturothèque, suivi par Georges, La chambre rose et noire,Moka, Au café bleuNadège, et Mon univers Fantasy.

Journal d’un génie – Salvador Dali

bEionªx/`Eionˆ¿?à@i>Après Henri Michaux et René Magritte, je continue mes pérégrinations en pays de surréalisme. J’ai récupéré ce journal du célèbre artiste espagnol un peu par hasard et m’y suis aventurée sans vraiment savoir à quoi m’attendre.

Il n’est pas question ici de percer l’intimité d’une personne de renom. Ce journal est d’emblée écrit pour être lu. Rédigé entre 1952 et 1963, l’auteur ne s’y livre pas réellement, il s’y expose dans toute son extravagance, dans toute son arrogance aussi et sans aucune marque d’humilité, sans le moindre doute quant à la vie de pacha qu’il mène. Salvador Dali a souhaité être riche, il l’est et compte bien jouir au maximum de son temps libre pour suivre toutes ses lubies.

D’imbuvable, son comportement en devient tellement caricatural que le lecteur ne peut que rire de tant d’exubérance absurde, plaignant le triste amateur qui aurait souhaité obtenir l’avis du grand Dali sur son œuvre, plaignant le notaire qui aurait voulu lui faire entendre raison sur des questions simplement administratives, puis judiciaires faute d’attention.

Les crises créatives sont entrecoupées d’épanchements amoureux pour Gala Dali, de réflexions sur les écrits de Friedrich Nietzsche ou encore de délires scatologiques dont je me serais volontiers passée. Je ne regrette pas cette lecture, extrêmement surprenante et délirante au sens premier du terme, mais je ne sais pas ce que j’en garderai à moyen et long terme. Il semble que les obsessions de Salvador Dali, gratuites et insouciantes, ne mènent nul part, telles celles d’un enfant trop gâté qui ne sauraient plus comment occuper son temps. Le récit n’en est que plus drôle, je salue au passage l’élégante moustache de l’auteur !

« Le 13

Un journaliste vient tout exprès de New York pour me demander ce que je pense de la Joconde de Léonard. Je lui dis :

 – Je suis un très grand admirateur de Marcel Duchamp qui est justement l’homme qui avait fait ces fameuses transformations sur le visage de la Joconde. Il lui avait dessiné de très petites moustaches, des moustaches déjà daliniennes. En dessous de la photographie, il avait ajouté en très petites lettres qu’on pouvait tout juste lire : « L.H.O.O.Q » Elle a chaud au cul ! Moi, j’ai toujours admiré cette attitude de Duchamp qui à l’époque correspondait à une question encore plus importante : celle de savoir s’il faut ou non brûler le Louvre. »

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Journal d’un génie – Salvador Dali
Gallimard, 1994, 301 p.
Première publication : Editions de la table ronde, 1964


Challenges concernés

Challenge Multi-défis 2016 : une biographie 

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Le petit prince – Antoine de Saint-Exupéry #audio

hqdefault1Est-ce possible de ne pas trouver Le petit prince d’Antoine de Saint-Exupéry formidable ? Cela a pourtant été mon cas pendant des années. Je l’avais lu, apprécié mais sans nécessairement comprendre l’emballement général. Plusieurs personnes de mon entourage proche n’hésitant pas à le qualifier de « livre préféré ».

Vivant à Lyon depuis maintenant 4 ans, Le petit prince est l’une des mascottes locales pour qui est passé par l’aéroport Saint-Exupéry, les relay SNCF offrent à qui veut bien les acheter des tasses, aimants et autres babioles à l’effigie du petit bonhomme blond. La sortie du film cet été et la mise en évidence par la bibliothèque de la Part-Dieu du livre audio auront achevé de me convaincre de remettre le nez dans ce récit… pour mon plus grand plaisir.

Je me suis aperçue que mes premières lectures avaient été extrêmement superficielles. Outre les épisodes sur le renard et la fleur dont les citations courent sur tout objet marketing en lien avec le conte, les autres rencontres faites par le petit prince au cours de ses pérégrinations intersidérales sont tout aussi riches de significations, chacune aussi précieuse : le vaniteux, le roi, l’allumeur de réverbère, le serpent, et puis surtout le sens donné aux situations les plus absurdes, la beauté gratuite…

Pour tout vous dire, c’est bien la première fois que j’arrête mes tâches ménagères pour me consacrer entièrement à l’écoute d’un livre audio, m’immergeant totalement dans le récit, revenant sur les passages les plus beaux ou sur lesquels je n’aurais pas été suffisamment attentive. J’ai à nouveau très envie de relire Le petit prince, d’acheter le livre, de l’annoter, mémoriser les passages clés, non pas ceux cités par tous, mais ceux qui ne parleraient qu’à moi et que j’aurais redécouverts seule. Le texte est magnifique, brillamment lu par Bernard Giraudeau, accompagné musicalement par Isabelle Aboulker. Le ton pris par l’acteur était chaque fois approprié, et la musique discrète et placée aux bons moments laisse toute la place au récit et à la méditation nécessaire entre chaque épisode. Elle semble souligner l’essentiel, sans s’imposer.

Vous l’aurez compris, j’ai vécu cette lecture audio comme une vraie, belle et douce redécouverte de l’un des textes les plus marquants du XXe siècle. Et pour continuer dans cette lignée, je compte bien lire prochainement Terre des hommes du même auteur, moins connu peut-être mais tout aussi humain parait-il.


Le petit prince – Antoine de Saint-Exupéry
lu par Bernard Giraudeau, musique d’Isabelle Aboulker
Gallimard jeunesse (écoutez lire), 1996, 2h10
Première publication : 1943


Challenge concerné

Multi-défis 2016 : Un roman de la littérature jeunesse ou jeune adulte

D’ailleurs, les poissons n’ont pas de pieds – Jón Kalman Stefánsson

Colère ! Déception ! Frustration ! Les semaines passent et mon sentiment sur ce livre n’évolue pas beaucoup… J’en deviens à peine un peu plus blasée chaque jour. J’avais adoré la trilogie de l’auteur Entre terre et ciel, La tristesse des anges et Le cœur de l’homme, et j’attendais avec impatience la publication de ce nouvel opus ; d’autant plus lorsque je me suis saisie du rendez-vous islandais de Sandrine comme prétexte imparable pour en faire l’acquisition. De nombreux libraires ont fait le choix de le mettre en avant sur leurs tables ou dans leurs vitrines, la blogosphère n’a pas non plus été en reste pour encensé le dernier Stefánsson. J’en suis d’autant plus énervée !

D’ailleurs, les poissons n’ont pas de pieds – certains sont mêmes allés jusqu’à qualifier ce titre ridicule de poétique – entrecroise trois générations des habitants du village de pêcheurs islandais de Keflavik : les ancêtres du narrateur vivant au début du XXème siècle à l’époque de la seconde guerre mondiale, l’enfance du narrateur sous occupation américaine et sa vie actuelle. Soit un tiers sublime : j’ai retrouvé dans les récits des pêcheurs d’antan la magie d’Entre terre et ciel ; un tiers traînant en longueur : l’enfance du narrateur servant de prétexte à l’écrivain pour replacer ces énièmes magnifiques phrases philosophiques au goût de déjà trop vu ; un dernier tiers carrément mauvais : l’époque contemporaine avec des tentatives érotiques caricaturales et salaces – après la finesse littéraire d’Anaïs Nin en la matière, il aurait été prodigieux qu’un quelconque écrit du genre m’impressionne. De cet ensemble déséquilibré, il me reste une farouche impression que l’auteur s’est reposé sur ses acquis, et que l’éditeur était trop pressé de publier un best-seller. Bref, j’ai terminé le livre par une lecture en diagonale, perdant le fil de l’histoire d’Ari et du pourquoi du roman. A trop espérer, on en devient aigrie – et peut-être un peu de mauvaise foi. Cela dit, il faudra argumenter longtemps et précisément avant que je ne choisisse d’ouvrir à nouveau un livre de Jón Kalman Stefánsson !


D’ailleurs, les poissons n’ont pas de pieds Jón Kalman Stefánsson, traduit par Eric Boury
Gallimard, 2015, 443 p.
Première publication en islandais : 2013


Rendez-vous et challenges concernés
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Plume – Henri Michaux

Plongée dans l’univers surréaliste. La manœuvre n’était pourtant pas volontaire. J’ai récupéré ce volume (presque) par hasard sur une table à troquer de la librairie Vivement dimanche lors de la braderie estivale de la Croix-Rousse. (Les lyonnais comprendront). Ravie de retrouver ce titre dans les étagères virtuelles d’Inganmic, voici le fruit de notre nouvelle lecture commune…

Plume, précédé de Lointain intérieur est publié dans la collection Poésie de la NRF Gallimard. Point de vers pour autant, plutôt de très courtes nouvelles, voire quelques paragraphes, des dialogues aussi, indépendants les uns des autres, faisant offices de poèmes par leur absence complète de rationnalité, par leur puissance onirique, surtout leur absurdité notoire, phrases décousues, sans queue ni tête, destabilisantes à loisir, et pourtant si jolies, parfois si sensées sous couvert de l’absurde, étonnament elles interpellent le lecteur malgré lui, le questionnent, l’intriguent ou le bousculent. L’amusent. Henri Michaux m’apparaît avant tout comme un auteur ludique, aux écrits frais et vivifiants. De la poésie drôle en somme !

Mais finalement assez hermétique. Je m’excuse par avance auprès des fiers littérateurs que j’aurais pu offenser par ma candide ignorance ; et je vous livre un poème :

Quand les motocyclettes rentrent à l’horizon

La seule chose que j’apprécie vraiment, c’est une motocyclette. Oh ! Quelles jambes fines, fines ! A peine si on les voit.

Et pendant qu’on admire, déjà, tant elles sont rapides, elles regagnent prestement l’horizon qu’elles ne quittent jamais qu’à grand regret.

C’est ça qui fait rêver ! C’est ça qui fait pisser les chiens contre le pied des arbres ! C’est ça qui nous endort à tout le reste, et toujours nous ramène, recueillis aux fenêtres, aux fenêtres, aux fenêtres aux grands horizons.


Plume précédé de Lointain intérieur – Henri Michaux
Gallimard, 1963


Challenges concernés

Challenge Poésie