Israël, Palestine : vérités sur un conflit – Alain Gresh

Suite aux dernières actualités, j’ai voulu comprendre un peu mieux les événements qui se déroulent aujourd’hui en Israël et Palestine. La presse se contentant généralement de commenter les faits du moment, je recherchais une synthèse historique sur la question. Je me suis donc tournée vers un bibliothécaire spécialisé sur le Moyen-Orient. J’ai failli crouler sous le nombre de références, et l’aide d’un professionnel n’aura pas été superflue pour faire mon choix ! J’ai vite compris que je ne trouverai pas de référence « neutre » sur cette question. Une simple sélection de faits chronologiques serait déjà partiale. Je suis rentrée chez moi avec plusieurs ouvrages de tout bord sur le conflit israélo-palestinien, et j’ai commencé par lire celui d’Alain Gresh, Israël, Palestine : vérités sur un conflit, que je vais tenter de vous présenter et résumer ici. Déjà daté de 2001, ce livre, qui m’a semblé être le plus simple d’accès pour débuter sur la question, retrace l’histoire du conflit à partir de l’origine du sionisme en 1917 jusqu’à la date de publication du livre et les accords d’Oslo en 2001. Ce n’est pas donc pas le plus à jour sur la question, mais il permet de prendre connaissance facilement des grandes étapes du conflit.

De manière très pédagogique, Alain Gresh commence son livre par une lettre à sa fille dans laquelle il expose les raisons de la rédaction de l’ouvrage, et invite à la nuance pour aborder un sujet aussi compliqué et ancien que le conflit israélo-palestinien. La « Lettre à ma fille » est accessible en ligne sur le site du Monde Diplomatique. Le livre est ensuite organisé en cinq chapitres qui reprennent, dans l’ordre chronologique, l’histoire du conflit. Les premières décennies sont longuement explicitées, au détriment sans doute de la deuxième moitié du XXème siècle. Je vous retranscris les grands titres du sommaire :

  1. Lettre à ma fille. « Dieu est du côté du persécuté »
  2. Le conflit se noue (1917-1939)
  3. Du judaïsme au sionisme
  4. Naissance d’Israël, naufrage de la Palestine (1947-1949)
  5. Du génocide à l’expulsion, les souffrances de l’Autre
  6. Une guerre de plus ? (1950-2001)

Je vais tenter de résumer rapidement ce que j’ai lu et compris. Avec la fin de la première guerre mondiale, les vainqueurs se partagent les territoires de l’Empire ottoman : la Palestine et l’Irak reviennent à l’Angleterre ; le Liban et la Syrie à la France. La « Déclaration Balfour » annonce alors que le gouvernement britannique « envisage favorablement l’établissement en Palestine d’un foyer national juif et emploiera tous ses efforts pour faciliter la réalisation de cet objectif ». Elle précise que « rien ne sera fait qui puisse porter atteinte ni aux droits civils et religieux des collectivités non-juives existant en Palestine, ni aux droits et au statut politique dont les juifs jouissent dans d’autres pays ». Cette déclaration répond à deux objectifs stratégiques de la Grande-Bretagne : s’assurer le soutien financier des juifs, réputés pour leur puissance, en particulier celui d’un certain Lord Walter Rothschild, en évitant qu’ils ne se rallient à la Russie et à l’Empire austro-hongrois, et surtout contrôler le Proche-Orient et la zone stratégique du Canal de Suez, lien vital entre Londres et les Indes.
Au cours des années 30, l’émigration des juifs vers la Palestine se fait progressivement avec la montée de l’antisémitisme en Europe, mais elle reste encore marginale. Elle s’intensifiera avec la seconde guerre mondiale, quoique ceux qui auront le choix partiront de préférence pour les États-Unis.
Londres propose en 1937 la partition de la Palestine en deux états juif et arabe, avec un échange de population en défaveur du peuple palestinien. Celui-ci se soulève. L’Agence juive s’organise, forte de sa connaissance des habitudes et modes de négociation occidentaux. Une véritable colonisation de la Palestine se met en place, au même titre que la colonisation de l’Inde par la Grande-Bretagne, ou de l’Algérie par la France. La partition et la création de l’État juif sont votées en 1947 à la faveur de la fin de la seconde guerre mondiale. Les colons juifs sont dorénavant qualifiés de réfugiés que personne n’est en mesure d’accueillir. L’État sioniste d’Israël, en revanche, ouvre ses frontières, au détriment du peuple palestinien qui doit s’exiler sur les terres qui restent encore palestiniennes, ou à l’étranger (Syrie, Liban, Irak). Au cours des années suivantes, Israël entre en guerre et étend ses frontières bien au-delà du plan de partage prévu par la Grande-Bretagne, et la colonisation israélienne continue.
En 1964, l’Organisation de Libération de la Palestine (OLP) est créée, et les premières actions militaires contre Israël ont lieu en 1965. La guerre des six jours est déclenchée en 1967 : Israël occupe et colonise le reste de la Palestine (Cisjordanie, bande de Gaza, Jérusalem-Est). L’Égypte, la Syrie, le Liban sont tous impliqués militairement dans les années qui suivent.
En 1987 a lieu la première intifada ou « révolte de pierre » et, en 1988, l’OLP proclame l’État de Palestine, qui n’existait pas en tant que tel jusqu’alors. Les premières négociations bilatérales et les discussions d’Oslo débutent en 1991. Les conflits entre le Liban et Israël continuent et, en 1996, cent réfugiés palestiniens sont tués au Liban. La deuxième intifada a lieu en 2000.

Je trace à grands traits vulgaires une histoire compliquée. L’ouvrage d’Alain Gresh est plus nuancé, quoique synthétique, et permettra à chacun de se faire une première idée. Outre les événements historiques, l’auteur s’attache à distinguer judaïsme et sionisme, il prend soin également de remettre à sa juste place le drame de la Shoah en réponse au négationnisme parfois prôné par certains militants pro-palestiniens. Il n’oublie pas non plus les centaines de milliers de palestiniens expulsés de leur pays, ou subissant la colonisation, privé notamment de liberté de circulation. Il n’hésite pas parfois à faire des parallèles avec la discrimination de l’apartheid. Il soulève également une question essentielle : comment peut-on concilier « État juif » et démocratie ? Un arabe peut-il être premier ministre d’un « État juif » ?

De toutes ces informations historiques et de ces problématiques, je retiens surtout l’absence de l’argument religieux pour justifier Israël. Je retiens la politique britannique désastreuse, celle des extrémistes sionistes aussi. Mais, si je m’en tiens à cet ouvrage, aucune mention n’est faite du Talmud par exemple. L’OLP ne s’est jamais opposée au caractère religieux d’Israël. Avec le conflit israélo-palestinien, on parle surtout d’un problème de colonisation et d’intérêts territoriaux, de lutte de pouvoir avant tout. De nombreux israéliens, juifs ou non, sont opposés à la politique expansionniste de leur gouvernement. J’admire la capacité d’Alain Gresh à faire la part des choses entre les injustices avérées orchestrées contre le peuple palestinien, et les extrémistes de tout bord (sioniste, antisémite, négationniste, etc.). Cet ouvrage me permet d’acquérir une vue générale de la situation, de connaître les différents acteurs, et les éléments de base pour comprendre les informations relayées par la presse aujourd’hui.

Pour une compréhension plus fine du conflit, il va me falloir continuer à lire…

Vous retrouverez d’autres chroniques de Israël, Palestine : vérités sur un conflit sur le blog de  Florian Pennec, sur Irénées.net, ou encore sur Culture.revolution.free.fr.

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2 réflexions au sujet de « Israël, Palestine : vérités sur un conflit – Alain Gresh »

  1. sitbon

    commencer en 1917 est injuste et oblitère le projet sioniste de Herzl et de l’affaire Dreyfus(1894), la genèse du Mvt. Dissocier Israël du judaïsme est aussi du négationnisme (lire rav Kook). Rappeler que l’OLP est né en 64 mais que le refus de la 181 (1947) par les arabes est une faute historique qu’ils payent encore aujourd’hui et pour toujours.De plus le projet d’état « palestinien » est né bien plus tard…jamais les arabes n’ont voulu un état palestinien.
    lisez tout sauf Gresh
    bien à vous,
    Philippe Sitbon

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    1. Moglug Auteur de l’article

      Merci pour ces précisions. Il faut bien commencer par lire quelque chose… J’affinerai au fur et à mesure. J’ai Edwar W. Said – La question palestinienne et Norman G. Finkelstein – Mythes et réalité du conflit israélo-palestinien en attente de lecture. Ils ont l’air plus complets que Gresh, que je lisais pour avoir un premier aperçu rapide. Qu’en pensez-vous ? Avec lequel me conseillez-vous de continuer ?

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