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Dieulefit ou le miracle du silence – Anne Vallaeys

Dieulefit est le nom d’un village de la Drôme – c’est aussi accessoirement le lieu de vie de Lorette Nobécourt 😉 . Aujourd’hui réputé pour ses paysages magnifiques, Dieulefit est aussi l’endroit qui a vu se dérouler l’un des plus beaux exemples de solidarité de la seconde guerre mondiale. Anne Vallaeys est allée sur place pour recueillir les témoignages des anciens du village et nous rapporter « le miracle du silence ». Sous l’impulsion de Marguerite Soubeyran, Catherine Crafft et Simone Monnier, l’école de Beauvallon dont elles sont directrices accueille progressivement de plus en plus d’enfants venus d’ailleurs. L’ensemble du village dans un accord tacite maintient le secret, la secrétaire de mairie commence à falsifier les papiers, le maire ferme les yeux. D’autres réfugiés se joignent incognito à la population qui double son effectif en l’espace de quatre ans. Malgré le rationnement et les contraintes de la guerre, chacun se tait, tous partagent.

Je ne peux que saluer l’entreprise d’Anne Vallaeys pour avoir permis de mettre en lumière cet épisode de notre histoire. J’ai toutefois fait l’erreur d’ouvrir ce livre comme on ouvre un roman, en quête de savoir mais aussi d’esthétique et d’émotions. Il faut d’avantage le considérer comme un témoignage : l’auteur nous rapporte à la première personne ses entretiens avec les villageois, qui se remémorent leurs souvenirs d’enfance. Je suis restée distante, confortablement installée dans mon XXIème siècle, admirative certes, appréciant de prendre connaissance de ces faits, mais finalement et malheureusement peu impliquée personnellement. Je recommande donc ce livre aux amateurs historiens curieux de la résistance française, de l’éducation – puisque l’école de Beauvallon a, depuis, largement porté ses fruits dans le domaine pédagogique – et de l’histoire locale de la Drôme. Pour les amoureux des lettres et des émotions fortes, il faudra peut-être passer votre chemin.

Je profite de ce court billet pour remercier l’équipe du webzine Un dernier livre avant la fin du monde grâce à qui j’ai gagné cet ouvrage.


Dieulefit ou le miracle du silence – Anne Vallaeys
Fayard, 2008, 264 p.


Challenges concernés
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Les foudroyés – Paul Harding

Après Mal de pierre de Milena Agus et Le soleil des Scorta de Laurent Gaudé, je continue la série des romans familiaux avec Les foudroyés de Paul Harding que j’ai gagné il y a plusieurs mois sur la page Facebook d’Un dernier livre avant la fin du monde. Je profite donc de l’occasion pour remercier chaleureusement toute l’équipe, et m’essayer à la littérature outre-atlantique.

Objectivement, j’ai toute les raisons d’apprécier ce livre. Publié initialement à 3 500 exemplaires chez Bellevue Literary Press, un petit éditeur américain, il a reçu en 2010 le prix Pulitzer. Très bien écrit, et admirablement traduit par Pierre Demarty, le récit débute dans le salon de George Washington Crosby. Alors que ce dernier est allongé, agonisant, sur son lit médicalisé de location, il se remémore sa vie, celle de son père, celle de son grand-père. Entre folie épileptique, ambiance américaine du début du XXème siècle, mécanismes d’horloges à réparer, vie de famille quelque peu oppressante, et retour à la réalité ultra-moderne, Paul Harding ne cesse de nous transporter d’un temps à l’autre, d’un lieu à l’autre, jusqu’à nous perdre souvent. Les vies des trois hommes s’entremêlent, se ressemblent, divergent en fonction des choix de chacun. Et moi, je m’y perd complètement. Je raccroche le fil de l’histoire au gré du texte, qui au-delà du récit, surprend par sa beauté sombre ou la description crue donnée par des yeux d’enfant. L’auteur alterne avec brio les courts dialogues ou les silences d’un dîner familial et les longues phrases littéraires :

« Achetez ce pendentif, sortez-le des replis de votre robe et glissez-le dans le creux de votre main, et regardez la livide lumière du feu s’y miroiter, tard le soir, tandis que vous attendez que le toit cède ou que votre volonté se brise et que la couche de gel devienne si épaisse que vous ne puissiez plus la casser à coup de hache, debout sur le lac gelé à minuit, chaussée des bottes de votre mari, le fracas sec de la hache sur la glace si infime sous le tournoiement des étoiles glaciales, le sourd couvercle des cieux, que votre mari ne risque pas même de se retourner dans son sommeil dans la cabane de l’autre côté de la glace et d’accourir, alerté par le bruit, à moitié mort de froid, vêtu d’un simple caleçon long, pour vous empêcher de percer un trou dans la glace et d’y glisser comme dans une veine bleue, de glisser jusque dans les ténèbres vaseuses du fond du lac, où vous ne verriez rien, où vous ne sentiriez rien, à part peut-être la présence de quelque poisson somnolent s’ébrouant dans le brouillard, votre plongeon alourdi par la robe en laine et les grosses bottes l’ayant dérangé en sa léthargie hivernale peuplée de songes des mers anciennes. »

La lecture et le rythme du texte sont un vrai délice. Malheureusement pour moi, je n’ai pas su entrer dans le roman, je n’ai pas su comprendre les différentes étapes et époques et retracer tous les liens entre les vies des trois hommes. Ce livre nécessite très certainement une deuxième lecture pour mieux en mesurer toute la richesse. Et je ne manquerai pas, si l’occasion se présente, de lire Enon le deuxième roman de cet auteur, qui tout aussi déstabilisant qu’il soit, n’en vaut pas moins le détour !

Ce livre est chroniqué dans le cadre du Challenge ABC de Babelio.