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Le toit de tôle rouge – Nirmal Verma

Conseillé par mon amie Marine, j’ai eu un peu de mal à dénicher ce livre de Nirmal Verma, auteur indien s’exprimant en hindi, et finalement trop peu traduit en français.
Immédiatement, je suis agréablement surprise par le style à la fois descriptif et introspectif de l’auteur, puis par les thématiques abordées : point de violence, point de militantisme féministe, ni d’ambiance Bollywood ou de bidonvilles…Clichés trop récurrents à mon goût de la littérature indienne.

L’histoire se déroule dans un village de montagne du nord de l’Inde, résidence d’été de travailleurs urbains. L’hiver, il y fait froid. On y suit les jeux d’enfants de Kaya et de son frère cadet Tchoté. Progressivement, le récit se focalise sur la fillette et sur les étapes qui la mèneront à l’âge adulte. Lent et contemplatif, ce roman me rappelle, dans un tout autre contexte, ceux de Marlen Haushofer. Il laisse transparaître avec justesse et sensibilité la mutation intérieure de l’enfant vers la femme, confrontée à la découverte de l’altérité, du deuil, de la maternité, de la naissance, du rapport au père, du départ – le sien et ceux de ses proches -, de l’amour, de la vieillesse, de l’affirmation de soi…

Une très belle découverte en somme et un auteur que je n’ai pas fini de lire. 😉


Le toit de tôle rouge – Nirmal Verma et Gill Gagan
Traduit du hindi par Annie Montaut et François Auffret
Actes Sud, 2004, 272 p.


Le gouffre (et autres récits) – Leonid Andreïev

Le gouffre (et autres récits) de Leonid Andreïev fait partie de ces rares livres qui viennent à vous sans prévenir et s’impose comme une évidence. Parmi les milliers de propositions de lectures défilant sur Babelio, Dieu seul sait pourquoi je me suis arrêtée net sur cette couverture, le titre, les sonorités russes du nom de l’auteur… Nous sommes à la charnière entre le XIXème et le XXème siècle. Les premières nouvelles de ce volumineux recueil ont été écrites en 1899, les dernières en 1901. Les éditions José Corti ont fait le pari de confier à l’excellente Sophie Benech la traduction de l’oeuvre intégrale du journaliste et écrivain russe.

Toutes ces nouvelles n’ont qu’un objectif : décrire l’angoisse, la solitude, l’absurdité des existences. Chaque portrait d’enfant, d’homme, de femme, de prêtre, de chien, de couple, de famille, de lépreux et autres fous ou naïfs est l’occasion de saisir un moment de vie quotidienne de la société russe, qu’elle soit bourgeoise ou miséreuse. Tous sont égaux devant leurs gouffres : absence, deuil, haine intériorisée, vide inommable, abandon, et autres néants. Et pourtant, le génie d’Andreïev réside dans sa capacité à illuminer ces noirceurs par de tendres détails. Chaque nouvelle est l’occasion de craquer une allumette, fragile, persistante, de suite étouffée, ou vivement embrasée, cassée ou vivifiante, et toujours trop vite éteinte. Seule Le gouffre, situé parmi les derniers récits du recueil, inverse la tendance. Il ne s’agit plus d’une douleur latente dont les protagonistes seraient un instant sauvés, le bonheur idéal est offert gratuitement jusqu’à ce qu’une main de fer sombre et froide s’en saisisse et l’étrangle sans faiblir.

Cette lecture riche et massive sous ses faux airs de douce simplicité m’atteint intimement et me conforte dans ma volonté de découvrir d’avantage la littérature russe, trop rapidement abordée l’an dernier avec les vers de Marina Tsvetaïeva, Anna Akmatova ou les Carnets du sous-sol de Dostoïevski.

Pour les adeptes de lecture audio, A Sabourovo est une nouvelle appartenant au recueil Le gouffre (et autres récits) :

Pour d’autres exemples audio : suivez le lien !


Le gouffre (et autres récits) – Leonid Andreïev, traduit du russe par Sophie Benech
Editions José Corti, 1998, 490 p.
Première publication de la nouvelle Le gouffre : 1902


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