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Le vieil homme et la mer – Ernest Hemingway

product_9782070623730_244x0En mars dernier, je publiais un billet sur Moby Dick dans le cadre d’une lecture commune avec Aaliz. Les échanges qui en ont résulté m’ont remis en mémoire un autre livre abordant des thématiques similaires, Le vieil homme et la mer d’Ernest Hemingway. Je m’étais alors promis de relire ce chef-d’oeuvre oublié de mon enfance – en admettant que je l’ai déjà lu, ce qui n’est pas bien certain. Quelques mois plus tard, j’ai enfin tenu ma promesse.

Pour être tout à fait sincère, mes premiers pas dans ce grand classique ont été assez décevants. J’espérais que le récit me reviendrait rapidement en mémoire dès les premières phrases, mais il m’a semblé que je le découvrais dans sa totalité, comme s’il m’était inconnu. Si je l’ai lu à l’époque, Le vieil homme et la mer ne fait pas partie de ces grands textes qui ont forgé mon enfance au même titre qu’un Moby Dick, Robinson Crusoé ou Notre-Dame-de-Paris. En réalité, il semble que je cherchais Melville dans cette édition pour enfant assez simplement illustrée en noir et blanc, mais il m’a fallu reconnaître que les deux auteurs, Melville et Hemingway, diffèrent considérablement par leur style. La traduction de Jean Dutourd que je tenais entre les mains ne m’a pas emballée outre mesure. Et puis, je me languissais de partir en mer avec ce vieux bonhomme mais il faut bien attendre un tiers du bouquin avant que celui-ci ne se décide à embarquer. Certes, cela correspond à quelques trente pages, il semblerait que j’ai quelque peu manqué de patience…

Trêve, maintenant, de râleries gratuites et intempestives car, une fois dépassé ce lamentable faux départ, nécessaire à la mise en place du récit, et fruit de trop nombreux préjugés et d’attentes déplacées, j’ai enfin pu déguster la richesse de cette aventure, de ces personnages, compatir à mon tour au sort de cet admirable thon géant, lutter au côté du noble vieil homme, tirer sur la ligne, me brûler les yeux au soleil de midi, et j’en passe.

Ce récit est magnifique de noblesse, de respect de l’homme et de la nature, d’amitié profonde, de compassion, de courage, de sens et d’absurde aussi finalement, de valeurs aujourd’hui trop rares à mon goût. J’ai regretté mon impatience pour me laisser gagner par l’humilité de ce Sysiphe au poisson qu’il faut imaginer heureux, et dont personne, mis à part lui-même, quelques hommes partageant la même condition et le lecteur peut-être, ne peut comprendre toute l’intensité de l’intime expérience vécue par ce vieil homme en mer.

Je vous livre les premières lignes :

« Il était une fois un vieil homme, tout seul dans son bateau qui péchait au milieu du Gulf Stream. En quatre-vingt-quatre jours, il n’avais pas pris un poisson. Les quarante premiers jours, un garçon l’accompagna ; mais au bout de ce temps, les parents du jeune garçon déclarèrent que le vieux était décidément et sans remède salao, ce qui veut dire aussi guignard qu’on peut l’être. On embarqua donc le gamin sur un autre bateau, lequel, en une semaine, ramena trois poissons superbes.

Chaque soir le gamin avait la tristesse de voir le vieux rentrer avec sa barque vide. Il ne manquait pas d’aller à sa rencontre et l’aider à porter ses lignes serrées en spirale, la gaffe, le harpon, ou la voile roulée autour du mât. La voile était rapiécée avec de vieux sacs de farine ; ainsi repliée, elle figurait le drapeau en berne de la défaite. »


Le vieil homme et la mer – Ernest Hemingway
Traduit de l’anglais par Jean Dutourd
Illustrations de Bruno Pilorget
Folio Junior, 2009, 132 p.
Première traduction française 1952
Première publication : The old man and the sea, 8 septembre 1952


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Petit traité d’histoire des religions – Frédéric Lenoir

Après la lecture de L’ « homo religiosus »… de Julien Riès, j’ai voulu m’atteler à quelque chose de plus digeste. J’ai repris la bibliographie de Religions : les mots pour en parler à la recherche d’un ouvrage plus généraliste et plus accessible. Je connaissais déjà le traité de Frédéric Lenoir pour l’avoir vu dans quasiment toutes les librairies possédant un rayon sur les religions. En fait, F. Lenoir est même souvent le seul auteur disponible sur le sujet dans beaucoup de librairies généralistes. Pour autant, je ne l’avais jamais lu. Je me saisis donc de l’occasion.

Cet ouvrage très accessible n’en est pas pour autant trop simpliste et les débutants sur la question religieuse devrait pouvoir y trouver leur compte. Il se divise en deux partie : la première est consacrée aux origines des religions et la seconde détaille plusieurs « grandes voies du salut ».

Frédéric Lenoir se place toujours dans la lignée des incontournables de la discipline : Eliade, Otto, Durkheim, Mauss, Müller, etc. Je vois toutefois apparaître un nom que je n’avais pas encore vu, ni dans le manuel de Boespflug & co, ni dans l’ouvrage de Julien Riès : Karl Jasper. Et pour cause, le concept qu’il a défini soulève encore beaucoup de questions. F. Lenoir nous le présente dans un chapitre intitulé « La période axiale de l’humanité ». Il explique que certaines périodes historiques sont particulièrement porteuses de mutations politiques, techniques, religieuses, et philosophiques. L’humanité a connu quatre de ces grands  tournants majeurs : la révolution néolithique et la sédentarisation (aux environs de – 12 000) , les premières grandes civilisations (- 3000), les premiers grands empires (- 500) et la modernité à partir du XVIème siècle apr. J.-C. Le troisième tournant nous intéresse ici en priorité. Il a vu apparaître de nouvelles formes de religions et philosophies, d’avantage tournées vers le salut de l’individu : l’homme commence à se penser lui-même et à réfléchir au sens de son destin personnel.

Cette période axiale, définie pour la première fois par Karl Jasper, et qui se situerait au milieu du Ier millénaire avant notre ère, sert de pierre d’angle à Frédéric Lenoir pour développer la deuxième partie de son ouvrage, qui en représente en fait les deux tiers. Il détaille les grands courants philosophiques et religieux et leurs fondateurs apparus au cours et à la suite de cette période axiale : les sagesses chinoises, l’hindouïsme, le bouddhisme, les philosophes grecs, le zoroastrisme, le judaïsme, le christianisme, l’islam, et la permanence de l’animisme. Cette seconde partie est assez classique dans son organisation, elle permet de cibler rapidement les caractéristiques fondamentales des grandes sagesses et religions, et de les replacer dans un cadre historique. Selon votre degré de connaissance de chaque religion, certains chapitres vous sembleront peut-être plus superficiels, d’autres vous surprendront et vous apprendront d’avantage. Ce Petit traité d’histoire des religions sera probablement très utile aux débutants pour acquérir des connaissances globales sur chacun de ces courants religieux, avant de pouvoir les approfondir (cf. bibliographie en fin d’ouvrage classée par ordre alphabétique, et non thématique – pas toujours très pratique).

Pour ma part, j’ai découvert pas mal de petites choses très intéressantes, notamment sur les grecs, Zoroastre, et surtout ce fameux Jasper ! Je n’en suis pas mécontente 😉