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Petit traité d’histoire des religions – Frédéric Lenoir

Après la lecture de L’ « homo religiosus »… de Julien Riès, j’ai voulu m’atteler à quelque chose de plus digeste. J’ai repris la bibliographie de Religions : les mots pour en parler à la recherche d’un ouvrage plus généraliste et plus accessible. Je connaissais déjà le traité de Frédéric Lenoir pour l’avoir vu dans quasiment toutes les librairies possédant un rayon sur les religions. En fait, F. Lenoir est même souvent le seul auteur disponible sur le sujet dans beaucoup de librairies généralistes. Pour autant, je ne l’avais jamais lu. Je me saisis donc de l’occasion.

Cet ouvrage très accessible n’en est pas pour autant trop simpliste et les débutants sur la question religieuse devrait pouvoir y trouver leur compte. Il se divise en deux partie : la première est consacrée aux origines des religions et la seconde détaille plusieurs « grandes voies du salut ».

Frédéric Lenoir se place toujours dans la lignée des incontournables de la discipline : Eliade, Otto, Durkheim, Mauss, Müller, etc. Je vois toutefois apparaître un nom que je n’avais pas encore vu, ni dans le manuel de Boespflug & co, ni dans l’ouvrage de Julien Riès : Karl Jasper. Et pour cause, le concept qu’il a défini soulève encore beaucoup de questions. F. Lenoir nous le présente dans un chapitre intitulé « La période axiale de l’humanité ». Il explique que certaines périodes historiques sont particulièrement porteuses de mutations politiques, techniques, religieuses, et philosophiques. L’humanité a connu quatre de ces grands  tournants majeurs : la révolution néolithique et la sédentarisation (aux environs de – 12 000) , les premières grandes civilisations (- 3000), les premiers grands empires (- 500) et la modernité à partir du XVIème siècle apr. J.-C. Le troisième tournant nous intéresse ici en priorité. Il a vu apparaître de nouvelles formes de religions et philosophies, d’avantage tournées vers le salut de l’individu : l’homme commence à se penser lui-même et à réfléchir au sens de son destin personnel.

Cette période axiale, définie pour la première fois par Karl Jasper, et qui se situerait au milieu du Ier millénaire avant notre ère, sert de pierre d’angle à Frédéric Lenoir pour développer la deuxième partie de son ouvrage, qui en représente en fait les deux tiers. Il détaille les grands courants philosophiques et religieux et leurs fondateurs apparus au cours et à la suite de cette période axiale : les sagesses chinoises, l’hindouïsme, le bouddhisme, les philosophes grecs, le zoroastrisme, le judaïsme, le christianisme, l’islam, et la permanence de l’animisme. Cette seconde partie est assez classique dans son organisation, elle permet de cibler rapidement les caractéristiques fondamentales des grandes sagesses et religions, et de les replacer dans un cadre historique. Selon votre degré de connaissance de chaque religion, certains chapitres vous sembleront peut-être plus superficiels, d’autres vous surprendront et vous apprendront d’avantage. Ce Petit traité d’histoire des religions sera probablement très utile aux débutants pour acquérir des connaissances globales sur chacun de ces courants religieux, avant de pouvoir les approfondir (cf. bibliographie en fin d’ouvrage classée par ordre alphabétique, et non thématique – pas toujours très pratique).

Pour ma part, j’ai découvert pas mal de petites choses très intéressantes, notamment sur les grecs, Zoroastre, et surtout ce fameux Jasper ! Je n’en suis pas mécontente 😉

L’ « homo religiosus » et son expérience du sacré – Julien Riès

L’ « homo religiosus » et son expérience du sacré : introduction à une nouvelle anthropologie religieuse est cité dans la bibliographie de Religions : les mots pour en parler, parmi les publications récentes (2009). C’est donc curieuse d’en savoir plus sur cette notion d’homo religiosus que je m’y attèle. L’ouvrage est divisée en deux grandes sections : l’homme et son expérience du sacré au cours de l’histoire ; l’ « homo religiosus » au défi de la modernité. La première section retrace l’évolution du sacré de la préhistoire jusqu’au christianisme. En s’appuyant sur les données de l’archéologie préhistorique, Julien Riès, théologien, philologue et historien, soutient que les premières traces de sacré apparaissent aux environs de – 300 000 avant notre ère. A cette époque, l’homo habilis taille ses premiers silex bifaces et témoigne ainsi d’une expérience et d’un goût de l’esthétique. Vers – 100 000, les premières tombes sont des preuves évidentes des premiers rituels funéraires, la mort est sacralisée. Les peintures pariétales nous renseignent d’avantage encore sur le sens esthétique des premiers hommes. Certaines d’entre elles représentent des hommes et des femmes les bras levés vers le ciel (position d’orants), posture assimilable à un geste de prière, ou a minima à un témoignage de fascination envers la voûte céleste. Des hommes sont également représentés dans cette même position face à leurs divinités. J. Riès se focalisent ensuite sur les religions méditerranéennes : religions égyptienne, romaine, jusqu’à l’avénement du christianisme et les grandes polémiques des premiers temps chrétiens, en particulier la polémique contre les idoles et les premières iconographies chrétiennes.

Dans une deuxième section, l’auteur se consacre d’avantage à l’histoire des sciences religieuses depuis le XIXème siècle. Il présente les différents courants et controverses de la discipline : Rudolf Otto, Mircéa Eliade, Georges Dumézil, Emile Durkheim, un mot rapide sur les marxistes, et sur les défenseurs de « la mort de Dieu » après la seconde guerre mondiale. Julien Riès conclue son ouvrage sur les perspectives du sacré chrétien en citant des auteurs tels que G. Bachelard, G. Durand, J. Vidal sur le nouvel esprit scientifique, ou encore Y. Congar.

Je ne peux pas dire que cet ouvrage composé de plusieurs interventions de colloques, articles, extraits d’ouvrages scientifiques, soit facile d’accès. J’ai dû souvent lutter pour terminer certains chapitres. Certaines notions sont redondantes, mais la répétition et la reformulation sont mères de la pédagogie, et c’est finalement grâce à ces redondances que j’ai pu intégrer et reformuler ici, même superficiellement, les évolutions historiques du sacré. J’ai également pu commencer à identifier et clarifier dans mon esprit les grands courants des sciences religieuses. Le parti pris de Julien Riès est évident tout au long de la lecture, certains auteurs cités dans Religions : les mots pour en parler ne sont pas cités ici. Je suis un peu frustrée de la très faible part accordée à l’islam – à chacun sa spécialité. Les deux ouvrages de Riès et Bœspflug se complètent, se renforcent et proposent leurs propres pistes de lecture pour l’étude des religions. Dans les deux cas, Mircea Eliade et Rudolf Otto restent les références indispensables et incontournables en la matière.

La jeunesse du sacré – Régis Debray

La lecture de Religions : les mots pour en parler ayant réveillé mon appétit pour les sciences religieuses, j’ai emprunté à la bibliothèque du quartier La jeunesse du sacré de Régis Debray, cité parmi les publications récentes (2012) de la bibliographie de Bœspflug & co. Le premier avantage de cet ouvrage : il est ludique et largement illustré. Le deuxième et le plus important : il permet de se défaire d’un certain nombre d’a priori sur la notion de sacré. Sur ce point, la lecture de Religions : les mots pour en parler nous aura déjà un peu dégrossi.

L’ouvrage s’articule autour de sept points : l’espace clôt, le caractère rassembleur du sacré, la notion d’interdit, le travail du temps, les vicissitudes, les allergies, les résurgences. Les trois premiers chapitres sont autant de caractéristiques propres au sacré. Les suivants tendent d’avantage à mettre en exergue son évolution et la multiplicité de ses formes, notamment par la distinction entre « sacré d’ordre » lors d’un défilé militaire par exemple, et « sacré de communion » propre au rassemblement spontané des foules.

Parmi les idées clés que j’ai retenues, il faut distinguer la notion de sacré de celle de religion ou même de Dieu. La notion de dieu unique juive apparaît au VIIème siècle avant notre ère. Les premières traces de monothéisme (ou de polythéisme présentant un dieu dominant) sont toutefois connues en Egypte et en Mésopotamie dès – 3000. La notion de sacré, en revanche, est attesté dès – 100 000 avec les premiers rituels funéraires ! Pour certains auteurs, tel Julien Riès, le sacré apparaît avec les premières traces d’un sens esthétique chez l’homme, soit vers – 300 000. Pour Régis Debray, on peut parler de sacré dès lors que « l’individu se sent dépassé par quelque chose de plus grand, de plus ancien et de plus durable que lui-même ». Le sacré n’est donc pas nécessairement lié à la religion telle qu’on la connait aujourd’hui. Il existe d’ailleurs un sacré laïc, au cœur de la démonstration de l’auteur. Il souligne que ce qui est sacré pour l’un ne l’est pas (ou l’est moins) pour l’autre. Un exemple autour de la justice : deux photos mises côte à côte de tribunaux français et américain. Sur la première, l’espace est délimité pour les jurés, les avocats, l’accusé, le public, etc., les faits et gestes sont ritualisés. La clôture et le rituel sont des éléments constitutifs des espaces sacrés. Sur la seconde photographie, on peut voir une salle de réunion, un lieu de travail sans fioriture. On observe ici des degrés de sacralité différents autour de la notion de justice.

En conclusion de son ouvrage, Régis Debray nous invite à nous questionner individuellement sur ce qui revêt un caractère sacré à nos yeux, en dehors de la famille.

Pour ma part, j’ai aimé lire La jeunesse du sacré, j’ai aimé découvrir ces formes de sacré laïc nécessaires, qu’on le veuille ou non, à la cohésion d’un peuple. Et je garde à l’esprit en le lisant, cette définition du sacré de Mircea Eliade : le sacré est l’« effort fait par l’homme pour construire un monde qui ait une significiation ».

Quant à la constitution de mon panthéon personnel, il est encore en construction…

Religions : les mots pour en parler – Fr. Bœspflug, T. Legrand, A.-L. Zwilling

ach003442003-1396313655-150x200Voilà un livre que j’aurais aimé pouvoir lire lorsque j’étais étudiante ! Loin des manuels universitaires plombants, Religions : les mots pour en parler : notions fondamentales en Histoire des religions est écrit dans un style agréable. On entendrait presque son professeur en le lisant (enfin, pas n’importe quel professeur, un de ceux qui retiennent votre attention) . Ce manuel a pour objectif de partir de la base : les mots. Redéfinir les mots couramment utilisés dans ce domaine complexe que sont les religions. Donner au lecteur « le goût des mots justes ». Vaste programme mais non moins nécessaire… Un exemple : idole. « Vous kiffez à donf’ truc de ouf’ Britney Spears » (mauvais exemple, et périmé par dessus le marché, certes…). Certains qualifieraient cette « charmante » chanteuse américaine d’ « idole ». Dès l’introduction, notre manuel nous apprend que «  la notion d’  « idolâtrie » est une invention défensive de l’Israël ancien en situation malheureuse ». (J’en profite, Israël est à la mode ces jours-ci). En quelques lignes synthétiques et bien placées, nos auteurs replacent le terme d’idole dans son contexte initial, complété de son évolution historique. Pour les détails, je vous laisse lire l’introduction du livre.

Cela dit Religions : les mots pour en parler se présente d’avantage comme un manuel. Ce n’est pas un dictionnaire. C’est un livre accessible à tous, rédigé par des experts, et je le répète extrêmement agréable à lire. Il s’organise en huit chapitres : 1. La religion et les religions, 2. Le mythe, 3. Le rite, 4. Le sacré, 5. Dedans, dehors, 6. Des rôles en religion et du personnel religieux, 7. Communication avec le divin, 8. Et après ? Il est complété de trois index (notions et textes-sources, personnes et divinités citées dans le texte, auteurs mentionnés dans les notes) et d’une bibliographie assez complète offrant des références accessibles aussi bien aux débutants sur la question religieuse qu’aux personnes plus avancées. Conçu pour être lu de manière linéaire ou par entrée thématique, c’est un ouvrage extrêmement clarifiant qui ouvre de nombreuses portes.

En refermant ce livre, j’avais l’impression d’avoir enfin pu structurer ma pensée. L’organisation par notion, et non par religion comme on le voit souvent, permet une approche d’ensemble de la question religieuse. Elle permet ainsi de distinguer les différences fondamentales entre chaque religion, et surtout elle offre des bases solides et transversales à toutes les religions avant de s’attaquer à d’autres ouvrages au discours plus académique (et malheureusement moins accessible).

Pour conclure, Religions : les mots pour en parler est un des rares livres, depuis très longtemps, qui m’a tenue en éveil passé minuit. (Oui, j’ai une fâcheuse tendance à m’endormir sur mes bouquins, même très bons.) Il réveille l’esprit, donne envie d’en savoir plus, intrigue et surtout : il structure ! Il permet de discerner des notions, de faire le tri dans la vaste nébuleuse des sciences religieuses. Qu’est-ce qui est le plus important finalement, pour vous ? Le mythe ? La mystique ? Ce sacré qui n’est pas nécessairement divin ? Le rite ? La mort ? Ou simplement tenter de comprendre la lubie des ces milliards de croyants de par le monde ?

Pour ma part, c’est encore la notion de sacré, comme réponse à l’absurde, qui m’intrigue le plus. J’ai littéralement dévoré, surligné, relu, retenu les références du chapitre consacré à cette question. Mais pas seulement, j’ai aussi voulu lire, comprendre, et approfondir en lisant les références citées…

Je vous en ferai peut-être part dans de prochains articles.

Les hirondelles de Kaboul – Yasmina Khadra

Les hirondelle de Kaboul - Yasmina Khadra

J’ai fini Les hirondelles de Kaboul. Et rien. Neutre. Je n’ai pas compris tout le tapage autour de ce livre.

D’abord j’ai appris que Yasmina Khadra était un homme algérien vivant en France. Moi qui imaginait déjà les écrits d’une femme afghane ayant vécu en plein coeur de la tourmente…Vous comprendrez peut-être ma déception. Ma question est : de quel droit cet homme se permet-il d’imaginer le quotidien des afghanes ? Qu’en sait-il vraiment ? Peut-être qu’il a de très bonnes raisons, peut-être qu’il a séjourné en Afghanistan, peut-être que sa petite soeur est mariée à un afghan et vit là-bas?  J’ai cherché un peu sur le web mais je n’ai rien trouvé de tel. Sur le site officiel de l’auteur, on explique rapidement les raisons de ce choix de pseudonyme féminin. Peut-être que j’aurais dû commencer par lire L’imposture des mots ou L’écrivain du même auteur…J’aurais mieux compris ces oeuvres à tendance autobiographique plus éloignées a priori de la question du quotidien des femmes sous le régime des taliban.

Sur Babelio, les commentaires vont bon train. Il y a ceux qui adorent, qui lisent Les hirondelles de Kaboul comme une réalité véridique. J’ai loupé quelque chose ou quoi ? Il s’agit bien d’un roman, d’une fiction, non ? Il y en a quelques-uns qui, tout comme moi, ont été déçu, sont restés sur leur faim. Ouf! Je ne suis pas un monstre insensible…

Il y a peut-être du vrai dans l’histoire des Hirondelles de Kaboul. Peut-être pas…Qui d’autres qu’une afghane pourrait nous parler de la condition des femmes en Afghanistan ? J’ai l’impression que ce livre fait plaisir à la bonne société occidentale qui voudrait en toute bonne foi s’insurger, sans doute avec raison, sur l’horrible condition de ces femmes dissimulées derrière leur tchadri. La vérité, c’est que nous n’en savons rien, planqués que nous sommes derrière nos journaux et nos écrans. Et j’ai la sensation qu’il est presque déplacé d’écrire et de publier sur le sujet sous le nom d’une femme orientale. Certes, l’auteur ne cache pas sa véritable identité mais l’amalgame et si vite fait, la  corde sensible si vite ébranlée…Peut-être un peu facile, non ?

Au passage, si vous connaissez quelques bonnes référence de littérature afghane, je suis preneuse…

Et pour Yasmina Khadra, peut-être que j’essaierai de lire d’autres de ses oeuvres, histoire de modérer mon opinion…

Psychologie du yoga de la Kundalini – C. G. Jung – 2

Mandala de Shiva/Shakti

Voilà quelques jours que j’ai terminé ce livre. Je l’ai laissé reposer un peu…J’ai écrit quelques articles sur certains thèmes abordés notamment les cakra et le serpent. Pour un livre que j’avais du mal à aborder, finalement, j’en ai retiré pas mal de choses. J’ai eu le plaisir d’en apprendre un peu plus sur Shiva et Shakti, dignes représentations déifiés du linga et de la yoni plus anciens. J’admire cette capacité qu’a eu l’hindouisme de transformer au fil des siècles des concepts riches et complexes en divinités incontournables de son panthéon. Et j’apprécie particulièrement l’image du mandala de Shiva/Shakti développé par Jung. Shiva est le point central, le bindu, la puissance créatrice latente. Il n’est pas visible mais sa puissance est bien présente, sous-jacente. La Shakti évolue autour de lui sous la forme d’une roue, ou d’un cakra, pour reprendre les thématiques déjà abordées. Elle est l’énergie créatrice visible et matérielle…mais elle n’est qu’illusion pour les hommes, un jeu du dieu…Cette illusion est aussi nommée Maya. C.G. Jung présente Maya comme un voile tissé de nos expériences passées. De là, il part du principe que les enfants qui n’ont pas encore de passé sont particulièrement sensibles à l’inconscient collectif, thématique essentielle de la psychologie jungienne. Par conséquent, les premiers rêves des enfants présentent souvent les archétypes de l’inconscient collectif que Jung compare aux samskara, aux cycles des réincarnations, aux vies antérieures si vous préférez. Sur ce point, il écrit ces très jolies phrases :

« A vrai dire, les petits enfants sont très vieux ; ce n’est que par la suite qu’ils deviennent plus jeunes. En fait, c’est à l’âge mûr que nous sommes les plus jeunes, précisément à l’époque où nous avons – complètement ou presque – perdu le contact avec l’inconscient collectif, avec les samskara. Et nous vieillissons à nouveau lorsque nous nous remémorons ces samskara avec les années qui passent. »

La comparaison de C.G. Jung sur l’approche de la vie spirituelle en Orient et en Occident a également attiré mon attention. La pensée occidentale explique le monde en général en commençant par l’inférieur pour aller vers le supérieur, on s’appuie d’abord sur la compréhension de l’atome pour expliquer les cellules puis la vie dans son ensemble. L’occidental part de l’inconscient profond pour expliquer des maux actuels de l’individu par exemple et dirige ensuite seulement sa pensée vers l’inconscient collectif. Pour l’Indien, c’est tout l’inverse, au commencement, il y a le brahman, l’Etre suprême et supérieur. Ensuite, il s’intéresse à l’homme, et le soi profond en dernier lieu est une révélation. Ce mode de fonctionnement est totalement impensable en Occident. Sur ce point, Jung écrit à juste titre :

« Imaginez que nous commencions à expliquer le monde sous l’angle du sahasrara et lisions en guise d’introduction à notre conférence ces paroles du Védanta : « Au commencement, ce monde n’était autre que le brahman ; puisque le brahman se trouvait seul, il n’était pas déployé. Ne connaissant que lui-même, il sut : « Je suis le brahman ». Et il devint l’univers. » On nous prendrait sans doute pour des fous, ou l’on penserait à tout le moins que nous tenons une réunion destinée à ranimer la foi. Ainsi, dans la mesure où nous sommes sages et où nous vivons dans la réalité, nous commençons toujours, lorsque nous voulons décrire quelque chose, par les phénomènes de la banalité quotidienne, par la dimension pratique et concrète ».

Evidemment, c’est cette approche scientifique qui fait que Jung est reconnu comme tel en Occident et non comme un mystique de plus qui voudrait diffuser sa foi. Toutefois, je ne peux m’empêcher de penser : si aborder la vie en commençant par ses aspects subtils c’est être fou, alors tous les indiens qui fonctionnent de cette manière sont-il également fous ?? Je ne peux pas m’empêcher de me questionner sur la folie…Evidemment, en tant que Française, je partage le point de vue de C.G. Jung et j’ai besoin de concret pour établir une vérité. J’aime toutefois laisser la porte ouverte à toutes ces vérités qui n’en sont peut-être pas…et pourtant…

Pour conclure cet article, je voudrais citer ces quelques phrases de C.G. Jung sur la nécessité de garder ses distances, en tant qu’occidental, par rapport aux pratiques yogiques notamment. Je les trouve assez révélatrices sur la richesse de la culture indienne…Voici les mots de C.  G. Jung :

« Vous ne devez jamais oublier que l’Inde est un pays très particulier. L’homme primitif a vécu là-bas depuis des temps immémoriaux et s’est développé dans une parfaite continuité. Nous n’avons pas évolué, nous, dans la continuité. Au contraire, nous avons été coupé de nos racines. En outre, les indiens forment une race très différente. Ils sont aryens, certes, mais ils ont aussi subi l’influence des aborigènes dravidiens. C’est pourquoi l’on trouve quelques éléments chtoniens très anciens dans le yoga tantrique. Aussi devons nous admettre que cette philosophie yogique particulière est étrangère à notre sang même, et toute chose dont nous ferons ici l’expérience apparaîtra sous un jour entièrement différent. Nous ne devons jamais prendre ces éléments au pied de la lettre. Ce serait là une terrible erreur, car il s’agit pour nous de processus artificiels. »

Le serpent à travers les mythes

Dans Psychologie du Yoga de la Kundalini, C. G. Jung fait plusieurs fois référence au serpent dans la mythologie. Tout d’abord dans la mythologie tantrique :  le yoga de la Kundalini est aussi appelé yoga de la Shakti.  Shakti-Kundalini est une déesse, c’est elle que l’on représente comme une serpente lovée autour du centre, de l’oeuf primordial, le joyau. La Shakti est l’énergie créatrice du dieu, celle qui « détient le pouvoir », « qui est capable ». Elle créé le voile de l’illusion qui enferme les mortels dans l ‘erreur et l’ignorance et les rend prisonniers de leur désir. Certains courants tantriques liés à Shakti ont pour vocation de libérer l’homme de l’ignorance par l’accomplissement de ses désirs : la libération s’acquiert en atteignant le paroxysme du plaisir… en simplifiant à l’extrême !

Mais Jung ne s’arrête pas là. Pour lui, la Kundalini est également semblable à Soter, le serpent sauveur des gnostiques, le serpent tentateur de la Bible qui offrit la pomme à Eve. Les gnostiques considèrent que le monde matériel est imparfait. Il faut s’en libérer, ou plutôt libérer son âme d’essence divine, de ce monde inférieur pour atteindre l’être suprême par la Connaissance, la gnose. On comprend mieux le rapprochement avec les religions indiennes qui ont également pour objectif la libération de l’âme et du cycle des réincarnations pour atteindre l’Etre Suprême, Brahman, ou encore le nirvana, la félicité suprême ou l’anéantissement total. Pour les gnostiques, le serpent Soter est un sauveur puisqu’il offre à Eve à travers la pomme, la Connaissance, la gnose libératrice qui permettra au mortel de se libérer de ce monde matériel. Pour en savoir plus sur le gnosticisme, le mieux pour commencer est encore d’avoir recours à Wikipédia.

Ouroboros

Toujours dans la mythologie chrétienne, C.G. Jung aborde la question du serpent solaire et du serpent du zodiaque. Je n’ai pas trouvé d’informations supplémentaires sur ces deux notions (apparemment Google n’a pas réponse à tout). Il s’agit, toujours selon Jung de représentations de la métamorphose de la puissance créatrice : la course du soleil est comparé  au cycle de la vie. Quant au serpent, il correspond à la Kundalini qui monte et descend au rythme des évolutions de l’individu. Je ne peux pas m’empêcher de penser ici à l’ouroboros, ce serpent qui se mord la queue et représente ainsi le cycle éternel de la nature.

Quetzalcoatl, le serpent à plumes

Au cours de ces allusions aux serpents, C.G. Jung mentionne également l’une de ses patientes qui rêvait régulièrement d’un indien… Une nuit, l’indien se transforma en serpent à plumes. Ce rêve et la confession qui s’ensuivit auprès de son thérapeute lui permis d’achever sa thérapie. Pour C.G. Jung, il est évident que le serpent à plumes des rêves de sa patiente n’est autre que Quetzalcoatl, le dieu aztèques, également reconnu par les peuples mayas, toltèques, olmèques et mixtèques. Il s’agit du dieu rédempteur des indiens d’Amériques, symbole de la mort et de la résurrection mais également inventeur des livres et du calendrier, donc de la Connaissance. Selon Jung, le serpent à plume Quetzalcoatl incarne l’esprit de l’inconscient dans la psyché de l’américain.

La puissance du serpent d’Arthur Avalon

Pour conclure sur le sujet, je mentionnerai un ouvrage de référence cité deux fois par Jung dans Psychologie du Yoga de la Kundalini. Il s’agit de la Puissance du serpent de John Woodroffe, également connu sous le nom d’Arthur Avalon, l’un des premiers orientalistes britanniques qui a largement contribué à la diffusion de la philosophie hindoue et des pratiques yogiques en Occident, notamment par ses traductions du sanskrit. L’ouvrage traite essentiellement des pratiques tantriques liées au yoga de la kundalini tout en laissant de côté les théories farfelues sur la sexualité tantrique et autres sujets à la mode. L’auteur étant spécialiste en la matière, l’ouvrage est réputé pour diffuser une connaissance véridique du tantrisme. Je suis curieuse d’en savoir plus…

[NB : J’ai déniché ce petit récapitulatif. Il provient d’un site présentant les différents éléments d’un jeu de rôle…Rien de bien fiable a priori mais le panorama dressé sur les serpents est tout de même intéressant : il reprend les éléments cités plus haut et en intègre de nouveaux, à commencer par la Vouivre proposée par Herr V en commentaire. Tous les serpents présentés ici ne sont pas assimilés à la Connaissance; et je m’interroge toujours sur l’escarboucle que la vouivre porte sur le front…Mis à part la valeur financière inestimable de ce joyau, quels sont réellement ses pouvoirs ? Peut-on parler de pierre philosophale ?  De Saint-Graal ? J’ai vu sur Wikipédia, que l’escarboucle pouvait transformer le fer en or… Est-ce qu’il y aurait un rapport avec l’alchimie ?]