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D’une humeur romantique

Depuis quelques semaines, je suis d’humeur plutôt romantique. Allez comprendre pourquoi ?

J’ai lu La Métamorphose de Kafka, qui n’a, il faut bien l’avouer, rien de romantique. J’ai tout de même appris dans le commentaire final que La Métamorphose avait été écrite alors que Kafka était entré en correspondance amoureuse avec une certaine Felice. De retour à Lyon, me voilà en quête de ces lettres qui ne sont plus éditées qu’à La Pléiade, a priori. Je les déniche finalement à la bibliothèque de La Part-Dieu.

Lettre (une tentative) – T. Espedal

Dans l’intervalle je lis Lettre (une tentative) de Tomas Espedal, auteur norvégien recommandé il y plusieurs mois déjà par mon merveilleux libraire.  Je ne vous remets pas le lien vers le site de la librairie, vous la connaissez déjà et, surtout, depuis que je vous l’ai présentée dans un précédent article, tous les libraires de L’Esprit Livre ont une fossette qui se dessine au coin des lèvres chaque fois que je m’y présente. Il est bien probable que, de temps à autre, les libraires lisent les blogs de lecture.

Tomas Espedal, je disais donc. J’ai préféré Marcher ou l’art de mener un vie déréglée à Lettre (une tentative), je dois bien l’avouer. Tout de même, Lettre (une tentative) contribue un peu à alimenter mon humeur poétique du moment. Et puis, vers la fin, Espedal me fait deux clins d’œil personnels – ou que j’estime comme tels :

Et en ce moment
devant la fenêtre
quelque chose que je n’ai encore jamais vu.
Une araignée prise
dans la toile d’une autre.

Pourquoi ce verset me fait-il un clin d’œil ? Vous aurez peut-être du mal à le saisir. Disons que je connais bien la métaphore de la toile d’araignée. Elle est largement filée dans un ouvrage hindou que j’ai longtemps lu pour les besoins d’un rite de passage.
Rite de passage que l’on nomme de nos jours « soutenance de mémoire ».

Et puis Espedal fait directement référence à Franz Kafka :

Le seul métier que j’ai réellement désiré
était celui de facteur
je voulais, comme Kafka, me promener
dans la ville
en faisant des mouvements de brasse.

Et non, je n’ai jamais voulu être facteur – Espedal ne doit pas savoir que pour être facteur, il faut se lever avant l’aube pour trier pendant des heures les nombreuses lettres qu’il faudra ensuite distribuer – , ni me promener dans la ville en faisant des mouvements de brasse, d’ailleurs. Mais quand je retournerai à Prague – car j’y retournerai, c’est promis – il faudra que je fasse des mouvements de brasse pour les besoins de l’histoire. Et si dans son Journal, ou toute autre œuvre de Kafka, je trouve la phrase où il nous parle de brasse ou de balade aquatique, je ne manquerai pas de vous en faire part ici.

© Andy Beal photography

Surtout dans ce verset que je vous cite, ce que j’aime le plus c’est le pont qu’Espedal vient de construire entre la littérature scandinave et Franz Kafka. Mes grandes lectures du moment. J’ai du mal à exprimer moi-même comment ces deux univers a priori si différents peuvent se faire ainsi échos. Et pourtant, j’y trouve une sorte de « douceur froide » commune qui me réchauffe finalement le cœur.

Une douceur froide que j’aimerais réussir à vous signifier dans le personnage de Maja,  islandaise en exil,  que je vous présente un peu plus chaque semaine sur cet autre blog.