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L’épopée de Gilgamesh – traduit par Abed Azrié

9782911289903fsC’est en échangeant avec Mina autour des éditions Esperluète à propos d’un conte illustré intitulé La mort de Gilgamesh que j’ai pris conscience que je n’avais jamais lu le mythe original, et plus encore que les quelques fragments de ce mythe arrivés jusqu’à nous ne permettaient de reconstituer qu’une courte traduction française d’un peu plus d’une centaine de pages. J’imaginais jusqu’alors L’épopée de Gilgamesh lourde de plusieurs volumes à l’instar du Mahâbhârata par exemple. Je suis impressionnée finalement de la facilité avec laquelle il est possible aujourd’hui de tenir entre ses mains un objet physique si simple – un livre de taille suffisamment modeste pour se glisser dans un sac à main – et une œuvre littéraire aussi monumentale ! L’une des premières de l’humanité, née du croisement entre les cultures akkadienne et sumérienne, datant de près de 4000 ans, et étonnamment actuelle. Une centaine de pages non pas issues de l’imagination d’un seul écrivain, mais de fragments épigraphiques compilés, traduits du sumérien, de l’akkadien, du hourrite, du hittite, de l’assyrien, du babylonien… grâce à la patience et à l’érudition des savants du XIXème siècle. Pour l’exemplaire que je tiens entre les mains, nous devons la traduction et l’adaptation à Abed Azrié.

Vous me pardonnerez, je l’espère, cet emballement, mais il me semble nécessaire parfois de rappeler simplement à quoi servent les sciences humaines – malheureusement, le débat persiste encore dans certains esprits – et de saluer avec humilité les millénaires qui nous précèdent et qui me permettent d’ouvrir banalement ce livre des éditions Berg International.

L’épopée se présente comme un long poème divisé en chapitres et qui se lit d’avantage comme un conte. Toutes les grandes questions de l’humanité y sont abordées et c’est en ce point que le mythe reste extrêmement actuel. Je ne suis pas née en Syrie, ni en Irak – pays correspondant à l’ancienne Mésopotamie – mais je suis pourtant héritière de cette mythologie au même titre que chaque être humain. L’amitié, l’amour, la femme en tant qu’initiatrice, les rêves, la guerre, le courage, la mort, l’immortalité sont au cœur du récit. Les motifs mythologiques font notamment échos aux mythes égyptiens, grecs, monothéistes, qui suivront : le dieu-soleil, le batelier du royaume des morts, l’homme-scorpion gardien de la montagne, le déluge, la traversée des ténèbres, etc. J’ai bien conscience du caractère extrêmement superficiel de ce billet au regard des vies passées à décrypter, traduire, interpréter ce texte. Je ne prétends pas le comprendre – quoique le conte en soi est largement accessible à tous -, mais j’espère a minima vous convaincre d’y jeter un œil. Il fait partie des rares œuvres communes à un très grand pan de l’humanité – si ce n’est à toute l’humanité – et il me semble nécessaire de l’avoir présent en arrière-plan de l’esprit, ne serait-ce que pour se remémorer nos origines et intégrer un tant soit peu la richesse des cultures qui se sont croisées jusqu’à produire nos sociétés actuelles dans toute leur complexité.

Les bergers
L’apprentissage

La courtisane déchire son vêtement
en deux parties,
de la première, elle couvre Enkidou
de la seconde, elle se couvre
elle le prend par la main
comme une mère guidant son jeune enfant
elle l’emmène vers les huttes des bergers
vers les étables.
Autour de lui les bergers s’assemblent.

Lorsque les bergers mettent devant Enkidou,
du pain et de la boisson forte
plein d’embarras, longtemps il regarde.
Enkidou ne connaît pas le pain comme nourriture,
ne connaît pas la boisson forte
il a grandi en tétant le lait des bêtes sauvages.
La courtisane lui dit :

« Mange du pain, Enkidou,
le pain est l’élément de la vie
bois de la boisson forte
c’est la coutume des gens du pays. »

Enkidou mange du pain
jusqu’à satiété
de la boisson forte
il en boit sept fois.
Son esprit se libère, sa poitrine s’élargit
son cœur est enchanté et son visage illuminé.
Il frotte d’huile son corps velu
il ressemble à un homme.
Il met un vêtement
et ressemble à un époux.
Il prend une arme et pourchasse les lions
les bergers peuvent dormir la nuit.
Enkidou devient leur gardien et protecteur.
Enkidou est un homme vigoureux
un héros unique.


L’épopée de Gilgamesh : texte établi d’après les fragments sumériens, babyloniens, assyriens, hittites et hourrites
Traduit de l’arabe et adapté par Abed Azrié
Berg International, 2001, 126 p.


Challenges concernés

Mes petites emplettes littéraires… #11

Il semblerait qu’en ce mois de septembre, j’ai failli rester sobre…

J’ai suivi quelques conseils amicaux, 

 

Aux charmes d’un bouquiniste, j’ai cédé,

  

Au Bal des Ardents, à d’autres plaisirs j’ai succombé, 

Et des cadeaux, j’ai reçu  😉

      

Des acquisitions éclectiques, des conseils variés, et des habitudes nécessairement bousculées, mes lectures hivernales s’annoncent prometteuses 😉

Un portrait de blog(ueuse) #tag

J’ai repéré ce tag chez Mina, et ai décidé de m’y plier. Il me permet indirectement de faire le bilan partiel de 5 années de blogging, de me présenter pour ceux qui n’aurait découvert cet espace que très récemment, et de retracer rapidement l’évolution du blog et de ma pratique en la matière.

As-tu une ligne éditoriale pour ton blog ? Si oui, quelle est-elle ?

Ligne éditoriale… c’est un bien grand mot ! Disons que je m’en tiens à chroniquer des livres, un livre par billet, et quelques articles pour les tags et challenges histoire de varier les plaisirs. J’ai parfois essayé d’écrire des articles plus personnels, plus fourre-tout aussi, mais finalemennt je m’y perd moi-même et n’y trouve pas vraiment mon compte. J’utilise parfois le livre comme prétexte pour digresser sur des aspects plus personnels ou plus généraux.

Pourquoi avoir choisi ce titre pour ton blog ?

J’ai choisi le titre Synchronicité et sérendipité il y a déjà 5 ans lors de la création du blog. Le texte de ma page A propos n’a pas beaucoup changé depuis et explique ce choix. Avec le temps, j’ai parfois eu envie de le modifier mais cela nécessiterait de changer l’adresse du blog et je ne le souhaite pas. Je tiens à garder une trace de l’évolution de mes lectures au même endroit. Je me rattrape en jouant avec le sous-titre du blog, modifiable à loisir. Notes de lectures de Moglug me semble suffisamment simple et efficace, il traduit la dimension personnelle du blog. Quant au pseudonyme Moglug, il condense mon patronyme et l’un de mes surnoms.

Pourquoi avoir choisi ce design pour ton blog ?

Twenty Twelve est un des thèmes standard de WordPress, relativement épuré et simple d’utilisation.
J’utilise en en-tête trois photos de vacances représentant des bateaux. La plus ancienne a été prise à Bénarès en Inde sur les rives du Gange et me renvoie à un très beau souvenir de voyage (il faut imaginer les chants de femmes dans les habitations derrière les ghats) ; la deuxième a été prise lors d’un lever de soleil à Paraty au Brésil, le village dormait encore, quelques oiseaux se faisaient entendre. J’ai ensuite décider de conserver la thématique de l’eau et des bateaux pour mes bandeaux. La troisième photo a été prise en mai 2015 dans les Andes colombiennes. Il pleuvait. On peut voir à l’abri au fond du bateau une femme en tenue traditionnelle. Pendant une période, j’affichais une image d’un tableau de Mâkhi Xenakis, très sombre, que j’ai finalement supprimée pour revenir aux bateaux. J’aime l’idée de garder des en-têtes reflétant différentes étapes et état d’esprit de ma vie. J’hésite encore pour la prochaine photo, elle sera certainement prise en France, j’oscille entre un voilier isolé au grand large ou un phare sur une côte normande, à moins que je ne cède pour un port de plaisance breton. 😉

Combien de temps consacres-tu en moyenne à ton blog par jour ?

C’est très variable. De moins d’un 1/4h pour modérer quelques commentaires ou consulter les statistiques à plusieurs heures si j’entreprends d’écrire un ou plusieurs billets. Dans ce cas je prends de l’avance et je programme mes articles à raison d’un ou deux par semaine. Depuis un an, j’ai toujours plusieurs articles d’avance mais le blog a connu de longues périodes de silence.

Considérant le nombre de visiteurs et de commentaires pour cette catégorie, tu pourrais la laisser tomber sans que ton blog en souffre.

Non pas du tout. Je tiens le blog avant tout pour moi, pour relire mes propres impressions de lectures plusieurs mois plus tard. Si je laisse tomber une catégorie c’est parce que je n’y trouve plus personnellement ni plaisir ni intérêt. A l’inverse, lorsque je sens que je n’y trouve pas mon compte, je suis capable de laisser tomber un challenge ou un billet qui attirerait a priori d’avantage de lecteurs.

Je te suivrai ou pas… Parlons un peu blogroll pour conclure

Je n’ai pas de blogroll mais j’utilise l’agrégateur Feedly pour suivre beeeeeeeeaaaaaaaaaucoup trop de blogs ! J’ai tout de même une catégorie « Blogs favoris » plus restreinte que j’essaie de consulter régulièrement.

Tu visites un blog pour la première fois…

  • J’adore ! J’y reviendrai souvent, parce que…

Les livres présentés sont de qualité, bien écrits, surprenants, loin des têtes de gondoles des grosses enseignes. J’aime que le ton et les impressions de lecture soient personnels et ne ressemblent pas aux phrases toutes faites d’une annonce publicitaire. Les réponses aux commentaires sont développées et personnalisées, un véritable échange se met en place entre blogueurs.

  • Au suivant, parce que…

Il y a trop de flash et autres bandeaux déroulants en haut, à droite, les pages sont longues à charger etc.. Les résumés trahissent complètement le bouquin. Je préfère que le récit soit simplement suggéré.

  • Je consulte souvent ce blog, mais ce type de billets m’agace ou m’ennuie.

Je n’aime pas que les chroniques soient trop longues, il m’arrive donc de survoler (mea culpa). Non pas que je n’aime pas lire, mais lire sur écran m’est désagréable et quand je surfe je n’ai pas la même qualité d’attention que lorsque je lis un livre. J’évite les analyses littéraires, quoique parfois très intéressantes, ce n’est pas ce que j’attends d’un blog.

101, rue Condorcet, Clamart – Simon-Pierre Hamelin

Lorsque Mina a chroniqué sa lecture de ce roman, il y a déjà plusieurs semaines, je me suis empressée d’aller l’emprunter à la bibliothèque du quartier dans la foulée. Une fiction inspirée de la vie de la poétesse russe Marina Tsvetaeva, celle-la même que j’ai découverte l’année dernière et que vous retrouverez dans la liste de mes coups de cœur 2014, cela ne pouvait que me plaire.

En moins de 100 pages, l’auteur nous relate un court épisode de la vie misérable que mène la famille Efron (époux de Marina Tsvetaeva) exilée en France suite à la révolution bolchévique, dans ce petit logement de la rue Condorcet à Clamart. Successivement, chaque chapitre nous présente le point de vue de la poétesse, de son fils, de sa fille, de son mari… et de l’huissier qui vient leur rendre une assez désagréable visite.

L’écriture est très fluide, lisse et assez belle, largement agrémentée, en particulier lorsque Marina Tsvetaeva est la narratrice du chapitre, d’expressions propres à cette dame que l’on retrouvera par ailleurs avec délice dans ses poèmes et correspondances. Toutefois, j’ai été déçue de ne pas trouver de variantes dans le style littéraire entre chacun des chapitres, en fonction des protagonistes dont les personnalités sont pourtant profondément différentes. Ce roman aurait pu être l’occasion d’un merveilleux jeu de langue et d’une très belle dévouverte littéraire. Malgré ce point noir, je me suis surprise à le conseiller à des personnes qui ne connaissent pas encore Marina Tsvetaeva, cette lecture peut être une manière de découvrir facilement et en douceur la poésie russe. Pour les autres, en revanche, ceux qui auraient déjà lu Vivre dans le feu, l’autobiographie de M. T., vous n’y trouverez qu’une pâle redite de cette vie cousue d’évenements malheureux et, privés vous serez de l’écriture flamboyante, accrocheuse, difficile et toute à la fois fascinante de Marina Tsvetaeva.

Il n’est pas si facile de flirter avec cette si grande dame…

Rives du Congo, Tétouan – Annemarie Schwarzenbach

Incitée par Mina – une fois n’est pas coutume – , je pars à la découverte des éditions belges et en particulier d’Esperluète. Parmi les nombreux ouvrages de cet éditeur proposé par la bibliothèque de la Part-Dieu, je m’arrête – je ne sais pourquoi – sur un recueil de poésie d’Annemarie Schwarzenbach, voyageuse, écrivaine, poétesse et journaliste suisse : Rives du Congo suivi de Tétouan, deux longs poèmes inspirés de ses séjours en Afrique, illustrés par des photos de voyages issues des carnets de route de l’auteur.

Le texte est proposé en version bilingue allemand-français traduit par les soins de Dominique Laure Miermont. L’écriture – en français – est extrêmement fluide et il est facile de se laisser porter par les mots, de se laisser couler dans l’ambiance d’un décor africain fragmentaire. Lorsque je prend enfin le temps de m’attacher aux détails, aux images, je prend conscience de la beauté de l’espace intérieur dessiné. Entre douceur et douleur de vivre, les échanges entre l’auteur et l’Ange, Dieu, ou l’ailleurs me font penser que – si ce n’est pas déjà le cas – Annemarie Schwarzenbach trouverait largement sa place dans l’essai Par ailleurs (exils) de Linda Lê. L’interlocuteur de Rives du Congo pourrait – dans une moindre mesure – être l’Autre d’Alejandra Pizarnik – ce qui me fait dire que je vois Pizarnik partout ces temps-ci. Si la mélancolie, l’espace contraint, la douleur voire la mort sont des éléments bien présents dans la poésie d’A. Schwarzenbach, la beauté du paysage lunaire ou fluvial, et l’espoir n’en sont pas moins au rendez-vous.

Pour le plaisir, je vous retranscris les premiers vers de Rives du Congo :

Briser maintenant le coquillage
Qui selon d’antédiluviennes croyances renferme des trésors,
bruit de la mer, perles noires, et apaise les nostalgies.
Pesez-le encore une fois au creux de la main : ce n’est rien.
Muet le bourdonnement, lointain le déferlement des vagues,
– et la fraîcheur montant à l’aube de la vallée
humide et ombragée, la lumière sur les sommets,
le velouté des verts pâturages, – comme je les ai aimés !

Laissez. Et ne posez pas de question, ne demandez pas
ce que vous devez oublier, ce que vous chérirez,
ce qui ne cessera de nous consoler et nourrir,
pour l’amour de Dieu ne demandez pas,
peut-être l’heure est-elle proche, et mortelle, comme la foudre,
et nous aurons supplié en vain,
aimé en vain. L’aube va se lever
sur la rives du Congo, vous savez déjà
combien l’obscurité recule vite, comme si quelqu’un
se débarrassait de son manteau, descendait d’un pas léger
vers le fleuve, ses épaules lisses luisant
d’une sombre lueur, et remplissait sa main,
et la portait à sa bouche,
et se reposait sur ses talons de la chaleur étouffante de la nuit
et souriait.

8 juin 1941

A. Clarac

En me penchant sur ces lignes pour vous en faire part, je relis et m’attarde sur certains vers et ne peut qu’apprécier cette douce poésie gorgée d’espérance. Je regrette amèrement, à nouveau, les dates limite de prêt des bibliothèques… Il y a des livres qui ne s’empruntent pas, il vaut mieux les posséder pour avoir tout le temps nécessaire devant soi pour se les approprier, les déguster, laisser le texte se développer et l’esprit accéder à la totalité de l’espace littéraire créé.

A nouveau, un grand merci à Mina pour cette très belle découverte d’Esperluète ! 😀

Challenges concernés
(cliquez sur les images pour les détails)

A la découverte des éditions Esperluète chez Mina

Challenge poésie 2014-2015 sur Babelio

Mes petites emplettes littéraires… #4

Au concours, j’ai gagné…

… de quoi préparer Quais du polar, merci au Livre de Poche et à Vendredi Lecture !

En bibliothèque, j’ai suivi de bons conseils…

En librairie, je l’ai joué diversifié 😉

  

Et pour conclure, je suis en quête d’auteurs colombiens – autre que Gabriel Garcia Marquez que je lirai quoi qu’il arrive – avez-vous quelques bonnes idées de lecture?

Eros en son absence – Sandrine Willems

J’ai d’abord découvert l’actrice, Sandrine Willems, dans son interprétation pour Audiolib de Mal de pierres de Milena Agus, j’avais adoré cette re-lecture et je vous en parlais ici. A l’occasion de cet article, Mina s’est empressée de me faire remarquer pour mon plus grand bonheur que Sandrine Willems est aussi écrivain. Sur ses conseils, j’ai emprunté Eros en son absence à la bibliothèque du quartier.

Une aventure érotique sur fond de musique de Bach, a priori de beaux ingrédients pour me séduire. De fait, les premières pages d’Eros en son absence sont délicieuses, l’auteur joue avec les métaphores sur l’instrument du violoniste, tout en finesse et fluidité. L’aventure perd toutefois de son charme, à mon sens, lorsque notre protagoniste, une jeune trentenaire en mal de vivre…

Sélectionnez le texte ci-dessous si vous n’avez pas peur que je vous dévoile l’intrigue

…s’éprend d’une critique musicale de l’âge de sa mère. Homosexualité frisant l’inceste au programme… L’écriture de Sandrine Willems a beau rester attrayante, le sujet l’est de moins en moins, à moins que l’amour ne reprenne le dessus.

Une lecture en demi-teinte pour moi, mais une auteur à découvrir encore, sur d’autres thèmes, très probablement. Une littérature érotique aussi, qui malgré ces bémols et l’ambiguïté du sujet, n’est ni obscène ni vulgaire, mais nécessite un peu de recul.

Un grand merci à Mina pour ce conseil hors de mes sentiers battus.