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Le piano oriental – Zeina Abirached

Cher Destinataire,

Te souviens-tu de mes petites emplettes de novembre ? Je t’y faisais part d’un cadeau de mon amie Kamila, Le piano oriental de Zeina Abirached, une bande dessinée sur le thème des relations entre l’Orient et l’Occident, plutôt bien choisie je dois l’avouer. Le sujet m’intéresse depuis près d’une dizaine d’années (déjà !), et je n’y connais pas grand chose en bande dessinée mais je suis toujours extrêmement curieuse d’en découvrir d’avantage. Ce volume n’est pas sans rappeler ceux de Marjane Satrapi que j’adore. J’ai lu Persépolis il y a quelques années (en 2006 ou 2007 peut-être ? ) et je te parlais de Poulet aux prunes dans ce précédent billet. Avec Zeina Abirached, je retrouve ce même tracé grossier en noir et blanc, le quotidien d’une famille orientale iranienne pour l’une, libanaise pour l’autre, et ce trait d’humour présent chez les deux femmes. La musique évidemment est une thématique centrale des deux auteurs.

Abdallah Kamanja, personnage largement inspiré de la vie d’Abdallah Chahine, véritable pianiste libanais des années 50, arrière grand-père de la narratrice, est passionné de musique. Il a hérité du piano de son grand-oncle et cherche le moyen de l’utiliser pour jouer des airs orientaux imposant l’utilisation du quart de ton. Or, le piano ne permet au mieux d’exécuter que des demi-tons. Toute la vie d’Abdallah est organisée autour de cette réflexion. Le roman en devient une biographie de ce drôle de personnage, l’auteur dresse un portrait de ses amis Ernest et surtout Victor, de sa femme Odette ; le lecteur suit Abdallah jusqu’à Vienne, carrefour incontournable de tout orientaliste occidental ou de tout oriental souhaitant commercer avec l’Occident, en l’occurence pour y vendre un piano. Le récit de la vie d’Abdallah Kamanja s’entrecroise avec celui de son arrière petite fille, Zeina Abirached elle-même, elle y exprime sa passion pour la langue française et la langue arabe et se positionne à son tour en pivot entre deux cultures, en individu inextricablement pétri d’une double identité française et libanaise. La critique de nos préjugés par Zeina Abirached est extrêmement fine et drôle.

Surtout, Le piano oriental est probablement l’un des premiers romans graphiques que je lis qui m’impose une attention soutenue à l’image, par la variété des formats proposés d’abord : vignettes, pages simples, double page, voire pages dépliantes ; par le comique de répétition de certaines actions : les cent pas d’Abdallah en quête d’une solution pour son intervalle d’un quart de ton ; par la dimension ludique de certaines vignettes : chercher les quatre différences entre les deux frères Victor et Ernest ; par l’absence de texte parfois : je pense à cette série de vignettes montrant la table dressée du petit déjeuner que prennent Abdallah et Odette, en quelques coups de crayon l’auteur dresse l’état d’esprit des deux personnages par la simple représentation de deux tasses de café et d’un pot de sucre. Aussi, Le piano oriental est une bande dessinée extrêmement sonore, l’auteur use et abuse des onomatopées en tout genre, au point d’offrir une lecture quasi musicale. La différence de caractère entre Abdallah et Victor est très précisément définie sur une portée musicale à l’aide de deux portraits de poisson, d’un « pôh » et de quelques « pi ». Quand j’y repense… c’est sublime !

Une simple inversion du blanc et du noir sans cesse mêlés suffit à avertir le lecteur du contexte de l’histoire : s’agit-il de la vie d’Abadallah ou de la jeune Zeina ? Les exemples témoignant de la maitrise technique de l’auteur foisonnent et sont à chaque page plus délicieux les uns que les autres ! Zeina Abirached réussit en un seul ouvrage à rassembler de manière très poétique les arts littéraire, musical et pictural. Elle communique dans la foulée un message extrêmement riche de tolérance et de pédagogie en détruisant de nombreux préjugés et en témoignant d’une identité culturelle double et assumée, sereine, loin des discours résistants ou vindicatifs.

Le piano oriental est une pure merveille que je pépite immédiatement chez Galéa, et Zeina Abirached est une dessinatrice que je compte bien suivre régulièrement !

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Le piano oriental – Zeina Abirached
Casterman, 2015, 211 p.


Challenges et non-challenge concernés

Le quatrième mur – Sorj Chalandon

Ce livre-ci, je suis allée le chercher jusqu’en Belgique, chez mon amie Cyve. Parmi le foutrac soigneusement rangé de sa bibliothèque, coincé entre une phénoménale collection d’Hugo Pratt et un ou deux volumes d’Alessandro Baricco, caché là derrière le porte-futur-bébé-aujoud’hui-né, elle a extirpé avec son innocence habituelle et son sourire indescriptible – une dent de devant dépassant légèrement plus que les autres – Le quatrième mur de Sorj Chalandon, « Tu t’intéresses au Proche-Orient toi, dis ? Celui-ci devrait te plaire ! ». Déjà blasée devant tant d’enthousiasme – posture réflexe – je cède sous la pression et repars avec un bouquin supplémentaire dans mes bagages – il n’aura pas fallu trop longtemps pour me convaincre.

Les chroniques du Quatrième mur sont pléthores sur la blogosphère et souvent élogieuses. Primé au Goncourt des lycéens en 2013, l’ouvrage a fait son chemin.

Samuel, juif et résistant grec, fait promettre à son ami Georges, le protagoniste de ce récit à la première personne, de mettre en scène à Beyrouth la pièce Antigone de Jean Anouilh. Nous sommes en 1982, le Liban est en guerre. Comme si l’entreprise n’était pas suffisamment dangereuse, Samuel souhaite que chacun des comédiens appartiennent à l’un ou l’autre camp des belligérants.

Je comprends d’emblée l’intérêt scolaire de ce roman. Écrit simplement, accessible au plus grand nombre, il met en avant un grand classique du théâtre français et donne très sérieusement envie de le lire et de le jouer. L’idée est très belle. J’ai crains toutefois un récit trop peaceful à mon goût, trop ancré dans une image idéale du théâtre et de la littérature capable de dépasser les conflits les plus complexes – même si au fond de moi j’ai très envie d’y croire ! J’ai eu tord : Le quatrième mur est loin d’être un roman naïf. S’il commence en douceur, le temps de planter le décor, le dernier tiers s’accélère dans un rythme saccadé propre au combat à balles réelles. Il soulève des questions graves et questionne le lecteur sur l’infinie complexité de la dignité humaine en temps de guerre comme en temps de paix.

Un grand merci à Cyve pour ce conseil de lecture, et… au plaisir de te lire 😉

Flash ou le grand voyage – Charles Duchaussois

Flash ou le grand voyage – Charles Duchaussois

Un livre conseillé par une amie. La quatrième de couverture m’apprend que le narrateur nous emmènera notamment à Bénarès et à Katmandou. Mais pas seulement. Il ne m’en faut pas plus pour empocher le bouquin.

La préface me transporte directement dans le vif du sujet :

« Flash en anglais, cela veut dire : éclair

Pour un drogué, cela veut dire : spasme »

Le ton est donné.

En moins de quatre pages, l’enfance et l’adolescence sont tracées, les premiers actes de délinquance survolés. Tout commence à Busigny en juin 1940. Charles Duchaussois est âgé de seulement quelques mois. Les allemands bombardent la gare de triage proche et le nourrisson reçoit un éclat d’obus dans l’oeil. Il perd son oeil.

La gare de Busigny

A 20 ans, il décroche son premier emploi. Ses parents sont fiers de lui. Tout dérape lorsqu’on lui refuse son permis : l’inspecteur rempli la feuille rose et au dernier moment lorsqu’il constate l’oeil borgne du candidat, il la déchire. Charles n’accepte pas ce qu’il considère comme une discrimination. Il achète sa première voiture, un ID 19 et conduit sans permis.

Une ID 19

Il séjourne un temps rue des Frères Keller dans le XVème arrondissement parisien. En novembre 1962, on lui confisque sa voiture, il quitte Paris en stop pour le sud de la France.

Paris en 1962

Il vit un temps à Marseille et vivra de brigandage pendant huit ans, essentiellement dans le sud de la France.

Il part ensuite rejoindre un ami au Liban, d’abord Beyrouth, puis Baalbeck.

Beyrouth

A Baalbeck, il tombe amoureux, commence les trafics de drogue, repart pour Beyrouth, trompe sa belle, fuit à Istanbul. Jusqu’ici il n’a pas encore touché à la drogue.

Baalbeck