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Dieu, une enquête – D. Albera et K. Berthelot (dir.)

Cette synthèse de plus de 1000 pages a pour titre complet Dieu, une enquête : judaïsme, christianisme, islam : ce qui les distingue, ce qui les rapproche. Dirigée par Dionigi Albera, anthropologue au CNRS, et Katell Berthelot, historienne des idées également au CNRS, elle a été rédigé par pas moins de 18 contributeurs de France, d’Allemagne, de Norvège et d’Italie, tous experts dans leurs disciplines (sociologie, histoire, anthropologie, théologie, philologie, islamologie, études juives, etc.) et membres de grands instituts de recherche européens.

Le but avoué de cet ouvrage est mentionné dès les premières pages :

« Développer une réflexion de type universitaire mais accessible aux non-initiés, critique et non confessionnelle, sur ce que ces trois religions partagent et sur ce qui les différencie, voire les oppose. »

Il se divise en quatre parties foisonnantes d’informations :

  1. « La révélation » : a pour objet les textes fondateurs des trois monothéismes et revient sur l’histoire de leurs rédactions respectives et les questionnements qui en découlent. Le rapport des croyants à ces textes y est également abordé, ainsi que le rapport à la loi très différent selon chaque confession. Cette partie traite aussi de la constitution et du maintien au cours de l’histoire des différentes communautés, prosélytes ou pas, disposant ou non d’appuis politiques, etc.
  2. « Quel Dieu pour quelle humanité ? » : cette seconde partie retrace l’histoire du passage du polythéisme dominant au monothéisme. La question de l’unicité de Dieu est comprise différemment selon que l’on est musulman, chrétien ou juif. Elle aborde également les différents rites rythmant la vie d’un homme : naissance, baptême, mariage, rituel mortuaire, etc. Ces rites sont nombreux et variables, et témoignent d’une vision de l’humanité propre à chaque monothéisme. La femme n’est pas oubliée puisqu’un chapitre entier lui est dédié.
  3. « Quand croire, c’est agir » fait le point sur les pratiques des croyants, notamment alimentaires, le rapport à la prière, aux saints, et en général à la manière avec laquelle l’individu s’approprie sa religion.
  4. « Le rapport au monde », la dernière partie, est l’une des plus intéressantes à mes yeux puisqu’elle aborde l’inter-religieux, le rapport à l’autre, le semblable mais aussi l’étranger. Elle questionne aussi le rapport à l’espace, la terre sainte, et le rapport au temps et à l’éternité.

Étant donné l’amplitude des sujets traités, cette synthèse fait preuve d’une incroyable cohérence. Chaque chapitre reprend les fondamentaux de la thématique envisagée et les développent jusqu’à exposer des exemples extrêmement pointus, sur les pratiques alimentaires notamment. L’ensemble est extrêmement dense. J’ai fait le choix de lire cette synthèse du début jusqu’à la fin, au risque d’être noyée sous la masse d’informations… et c’est un peu ce qui s’est produit.

Toutefois, cette lecture m’a permis d’acquérir une vision d’ensemble des trois monothéismes sans risquer la caricature. Elle met en évidence la complexité et la multitude de nuances possibles entre les religions mais aussi au sein d’un même courant. Surtout j’ai pu constater à quel point rien n’est figé. Les religions évoluent considérablement au cours du temps, et s’influencent réciproquement en permanence et depuis toujours.

Petit plaisir personnel, j’ai eu la surprise aussi de découvrir que certains chapitres lus avec beaucoup d’attention et d’intérêt avait finalement été écrits par des professeurs que j’ai croisé sur les bancs de l’université il y a quelques années.

Cet ouvrage m’aide à prendre conscience de ce qui m’intéresse le plus sur ces questions religieuses. A priori, je prête plus d’attention à la sociologie qu’à l’histoire, aux individus qu’au masse, et à la manière dont l’individu s’approprie sa religion (ou celle du voisin) qu’aux rites et autres dogmes établis par une entité supérieure, qu’elle soit divine ou institutionnelle. Dieu, une enquête constitue une référence récente à destination des universitaires de tout bord, permettant de faire le point sur telle ou telle question religieuse et offrant de nombreuses pistes bibliographiques pour approfondir d’avantage le sujet souhaité.

Après une telle lecture, je vais faire une pause de quelques semaines sur les sciences religieuses, et je m’y remettrai le moment venu, avec une vision , je l’espère, plus large et à la fois plus précise sur ces thématiques.

Je conseille cette lecture à tous les passionnés des religions, habitués aux écrits universitaires, et surtout persévérants dans leurs lectures ; ainsi qu’aux étudiants et chercheurs, pas nécessairement spécialistes des religions, dont les recherches abordent indirectement les questions religieuses.

Pour les curieux qui souhaiteraient une lecture plus abordable, voici ma référence fétiche en la matière : Religions : les mots pour en parler de François Bœspflug, Thierry Legrand et Anne-Laure Zwilling.

Les hirondelles de Kaboul – Yasmina Khadra

Les hirondelle de Kaboul - Yasmina Khadra

J’ai fini Les hirondelles de Kaboul. Et rien. Neutre. Je n’ai pas compris tout le tapage autour de ce livre.

D’abord j’ai appris que Yasmina Khadra était un homme algérien vivant en France. Moi qui imaginait déjà les écrits d’une femme afghane ayant vécu en plein coeur de la tourmente…Vous comprendrez peut-être ma déception. Ma question est : de quel droit cet homme se permet-il d’imaginer le quotidien des afghanes ? Qu’en sait-il vraiment ? Peut-être qu’il a de très bonnes raisons, peut-être qu’il a séjourné en Afghanistan, peut-être que sa petite soeur est mariée à un afghan et vit là-bas?  J’ai cherché un peu sur le web mais je n’ai rien trouvé de tel. Sur le site officiel de l’auteur, on explique rapidement les raisons de ce choix de pseudonyme féminin. Peut-être que j’aurais dû commencer par lire L’imposture des mots ou L’écrivain du même auteur…J’aurais mieux compris ces oeuvres à tendance autobiographique plus éloignées a priori de la question du quotidien des femmes sous le régime des taliban.

Sur Babelio, les commentaires vont bon train. Il y a ceux qui adorent, qui lisent Les hirondelles de Kaboul comme une réalité véridique. J’ai loupé quelque chose ou quoi ? Il s’agit bien d’un roman, d’une fiction, non ? Il y en a quelques-uns qui, tout comme moi, ont été déçu, sont restés sur leur faim. Ouf! Je ne suis pas un monstre insensible…

Il y a peut-être du vrai dans l’histoire des Hirondelles de Kaboul. Peut-être pas…Qui d’autres qu’une afghane pourrait nous parler de la condition des femmes en Afghanistan ? J’ai l’impression que ce livre fait plaisir à la bonne société occidentale qui voudrait en toute bonne foi s’insurger, sans doute avec raison, sur l’horrible condition de ces femmes dissimulées derrière leur tchadri. La vérité, c’est que nous n’en savons rien, planqués que nous sommes derrière nos journaux et nos écrans. Et j’ai la sensation qu’il est presque déplacé d’écrire et de publier sur le sujet sous le nom d’une femme orientale. Certes, l’auteur ne cache pas sa véritable identité mais l’amalgame et si vite fait, la  corde sensible si vite ébranlée…Peut-être un peu facile, non ?

Au passage, si vous connaissez quelques bonnes référence de littérature afghane, je suis preneuse…

Et pour Yasmina Khadra, peut-être que j’essaierai de lire d’autres de ses oeuvres, histoire de modérer mon opinion…