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Coups de coeur 2017

Ma présence ici se fait de plus en plus rare mais je ne résiste pas à l’envie de partager  avec vous quelques-unes de mes plus belles lectures de l’année. Comme chaque fois, la sélection a été rude, c’est parti !

Une fois n’est pas coutume, j’ouvre une thématique « littérature de l’imaginaire » pour ce billet « Coups de cœur » avec deux titres en la matière. J’en profite pour faire un clin d’œil à L’Esprit livre, principal coupable de cette évolution dans mes lectures 😉

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Shakti de Stefan Platteau est le deuxième volet de la trilogie Le sentier des astres. Je vous en parlais ici. On y suit l’histoire de l’envoûtante Shakti, courtisane mystérieuse, mère aventureuse, femme puissante, magicienne hors norme. J’attends la suite avec impatience !

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arbrevengeur18-2007 Quinzinzinzili de Régis Messac, un titre barbare pour ce récit de science-fiction apocalyptique. Un homme et quelques enfants sont rescapés d’une catastrophe planétaire. Avec un humour sarcastique, Régis Messac nous narre les débuts d’une nouvelle ère menée par des dégénérés. Langage, alimentation, religion, sexe, et relations sociales, tout est à ré-inventer et pas nécessairement pour le meilleur ! Publié pour la première fois en 1935, le style de Messac reste ultra-moderne pour le lecteur du XXIème siècle et son questionnement sur notre humanité n’a jamais été aussi actuel !


Après Shakti, d’autres livres sur et/ou par les femmes ont rythmé mon année 2017 – non je ne vous parlerai pas de chick lit’ ! – je vous en cite quelques-uns parmi les plus remarquables.

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Vie de Milena de Jana Černá : Milena Jesenska, connue pour sa correspondance avec Kafka et son amitié avec Margarete Buber-Neumann dans les camps de concentration nazis, est racontée ici par sa fille Jana Černá, écrivaine de génie, remise par ailleurs au goût du jour par La contre-allée pour ses lettres érotiques. On retrouve la très grande liberté et qualité d’expression de l’auteur, dénuée ici de toute provocation, pour parler d’une grande femme du XXème siècle indépendamment – et c’est là tout le génie de Jana Černá – des ombres nazie et kafkaïenne.


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Ce Manifeste féministe de Mina Loy vient donner une touche poétique à ce bilan annuel. Loin des discours des suffragettes ou de ceux sur la théorie du genre, dès 1919, Mina Loy provoque et soulève avec une énergie édifiante les questions fondamentales de la condition féminine… et masculine ! Messieurs, voici le cadeau idéal pour la Saint Valentin 😉

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Homesman de Glendon Swarthout : un homme tout de même dans cette sélection pour nous parler de ces femmes et de ces hommes qui ont voulu peupler les plaines américaine les plus reculées. Un chariot, cinq femmes, un homme, la folie, la misère, et un voyage impossible que l’on aimerait ne jamais finir…
Du même auteur, je vous conseille tout aussi chaudement, et à la suite des membres du cercle de lecteurs de la médiathèque de Vaise,  Le tireur.

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La porte de Magda Szabó  : un détour par la Hongrie pour cette réédition en poche d’un roman phare. On y découvre le portrait sensible et touchant d’Emerence, domestique caractérielle, psychorigide et pourtant tellement plus humaine que la plupart d’entre nous…  Un concentré de tendresse, de lucidité et d’humour noir !

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Carmilla de Sheridan le Fanu nécessairement édité par Tendance Négative ! Un chef-d’oeuvre de littérature gothique et saphique pour remonter aux origines de Dracula dans l’ombre de la plus sulfureuse des vampires…


D’autres romans ont accompagné cette année, sur des sujets et par des auteurs toujours aussi variés, et qui me donnent immanquablement à penser…

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Le poids de la neige de Christian Guay-Poliquin : j’ai eu la chance de découvrir ce titre dans son édition canadienne, La Peuplade. Primé par les libraires de son pays d’origine, ce roman qui nous parle des hommes entre eux et de la solitude débarque cet hiver sur nos tables republié par les éditions de l’Observatoire. Je ne saurais que trop vous le recommander !

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Le baron perché d’Italo Calvino : un classique italien et le plaisir de découvrir Calvino. J’ai adoré suivre les excentricités de Côme, ce gamin, qui à la fois par défi et par conviction, décide un matin de ne plus poser pied à terre et de vivre dans un arbre. Une fable philosophique délectable à lire et à relire…

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La ville fond de Quentin Leclerc : Mon coup de cœur de la rentrée littéraire 2017. Livre O.V.N.I. par excellence, une perle de littérature de l’absurde qui donne pourtant sérieusement à penser sur nos sociétés contemporaines et sur le sens de nos actes individuels et collectifs. Un premier roman et un auteur à suivre ! – et merci à L’Esprit Livre toujours et encore pour le tuyau et la rencontre avec l’auteur 😉

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9782878585759_310x500Un voyage en Inde de Gonçalo M. Tavarès : il est encore possible d’écrire et de publier une épopée au XXIème  siècle ! Ce chef d’oeuvre de littérature portugaise réactualise avec nos repères, nos espoirs et nos désillusions contemporaines le voyage en Orient – quand bien même il suffit de prendre un avion pour l’entreprendre. S’il fallait ne retenir qu’une lecture cette année, ce serait celle-ci…. (et toujours recommandé par la même boutique 😉 )

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9782226328816-j.jpg Sur cette terre comme au ciel de Davide Enia : une autre excursion italienne, dans les rues de Palerme cette fois, et sur les conseils de mon libraire préféré ! On y suit les aventures et mésaventures des hommes d’une famille de boxeurs de père en fils sur trois générations. Les femmes y sont magnifiques et mystérieuses ; les hommes drôles, sincères, et beaux à pleurer… Une saga familiale comme je les aime et dont j’ai eu terriblement de mal à me séparer.

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Pour reprendre pied dans la réalité après toutes ces émotions fictionnelles, je vous propose deux essais qui valent leur pesant d’encre.

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Les inaudibles de Céline Braconnier et Nonna Mayer : lu pendant les élections, cet essai sociologique sur les tendances politiques des plus précaires a le mérite de déconstruire un certain nombre de clichés, de donner la parole aux plus démunis d’entre nous et d’amorcer une réflexion de fond sur les préjugés que nous nourrissons tous à l’égard de ceux que souvent nous ne regardons même pas.

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Les émeutes raciales de Chicago de Carl Sandburg : Avec ce titre, je tiens surtout à saluer les éditions Anamosa, une de mes très belles découvertes de l’année 2017. Elles ont le mérite de savoir allier le fond et la forme en matière de sciences humaines, et d’aborder des questions à la fois surprenantes et populaires sous un angle toujours novateurs. Ici, Les émeutes raciales de Chicago est un texte de 1919, éminemment moderne dans le style et dont le contenu fait étrangement écho à notre actualité…

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Pour conclure ce joli bilan, je vous reparle d’un livre de cœur

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Dizzy de Claire Veys : Si vous aimez Blaise Cendrars,  les bars à l’ambiance enfumée, la musique et le blues en particulier, la tendresse d’un père pour sa fille, il se pourrait que ce livre vous plaise. Pour en savoir plus sur Claire Veys, c’est par ici. 😉

 

 

 

Et je vous souhaite à toutes et tous une très belle année 2018  ! 🙂

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Alors, ce bilan 2016 ?

Toujours aussi difficile à établir pour ma part ! Côté chiffres, je me ramollis avec 62 livres lus cette année contre 84 en 2015. Ma pratique du blog, très intense en début d’année, a considérablement flanché sur la fin : signe d’une volonté de ma part de mieux sélectionner ce que je lis mais aussi ce que je partage ici. L’expérience montre qu’il n’est rien de plus efficace pour mettre en avant un livre que de publier un avis négatif qui prendrait le contre-pied d’autres points de vue positifs. Si le débat est potentiellement fécond, la polémique médiatique m’intéresse de moins en moins. En 2017, la prise de recul sera de mise et les coups de cœur aussi je l’espère !

Pour 2016, le bilan est très bon. Parmi tous les livres lus, une vingtaine méritaient d’être mis en avant ici. J’en ai finalement retenus 9…

En premier lieu, des classiques… 

A savoir, Les braises de Sándor Márai, Terre des hommes d’Antoine de Saint-Exupéry et Voyage au centre de la terre de Jules Verne.


En littérature contemporaine…

Je retiens trois romans particulièrement riches et denses : Soundtrack de Hideo Furukawa, Le sillage de l’oubli de Bruce Machart et Le garçon de Marcus Malte.

Proches de la nouvelles, ces deux courts récits relèvent du prodige : Le puits d’Iván Repila et Galpa de Marcel Cohen.

Pour conclure sur une note poétique…

J’ai pu continuer à découvrir Alejandra Pizarnik en lisant notamment ses Correspondances avec León Ostrov 1955-1966.

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Et je vous souhaite une belle année 2017 !

 

2015 est derrière moi…

En ce 2 janvier 2016, l’heure est venue de reprendre mes déjà-presque-vieux carnets de lecture et de faire le point sur les plus marquantes. Autant vous l’avouer de suite, le choix est difficile parmi les 84 livres lus cette année, je compte 33 romans, 14 récits biographiques, 9 essais, 2 ouvrages de littérature érotique, 6 bandes dessinées, 13 recueils de poésie, 3 pièces de théâtre et 4 recueils de nouvelles. 71 de ces ouvrages ont été (ou vont être très prochainement) commentés sur le blog… J’ai effectivement du retard dans mes chroniques. J’ai tant bien que mal extrait 15 titres de cet ensemble que je peux qualifier de lectures remarquables (ma première sélection en comptait presque le double…).

Si j’ai régulièrement lu de la poésie en 2015, ce genre est beaucoup moins présent cette année dans mes coups de cœur. Je retiens un titre découvert à la charnière 2014 – 2015 qui avait échappé de justesse, pour des raisons chronologiques au bilan de l’année passée. Il s’agit de Textes d’Ombre d’Alejandra Pizarnik, une poétesse argentine que j’ai grand plaisir à relire à et conseiller à qui s’intéresse au genre.

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2015 est également l’année où je me suis (re-)plongée dans la littérature érotique. Avec seulement deux titres à mon actif, j’en propulse toutefois l’un des deux dans cette liste de coups de cœur, il s’agit du recueil de nouvelles d’Anaïs Nin, Venus Erotica, j’espère continuer à lire cette auteur en 2016.

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La littérature d’Europe de l’Est, ensuite, est à l’honneur avec quatre auteurs. Bohumil Hrabal pour la République Tchèque avec Une trop bruyante solitude,  publié et censuré  sous l’ère communiste, retrace le quotidien d’un ouvrier comprimé par l’autoritarisme nazi. Grâce à Sandrine du blog Tête de lecture et à ses rendez-vous autour de l’émission l’Europe des écrivains diffusée sur Arte, j’ai pu être initiée à la littérature roumaine à travers les écrits de Mircea Cărtărescu. Entre les deux ouvrages que j’ai lu, Orbitor et le recueil de nouvelles Pourquoi nous aimons les femmes, je suis absolument incapable de choisir ! Toujours à l’Est, du côté de la Pologne cette fois, je vous recommande chaudement Les neiges bleues dont je dois à nouveau la découverte à Sandrine (oh merci, merci !). J’ai d’ailleurs repéré ce titre, ce matin même dans la pile à lire de Jérome. Jérome, si tu lis ce bilan, tu sais ce qu’il te reste à faire. 😉
Pour pousser encore un peu notre voyage vers l’Est, je me dois de vous parler d’un auteur russe déniché sur Babelio, il s’agit de Leonid Andreïv dont l’énoooooorme recueil de nouvelles Le gouffre (et autres récits) est absolument sidérant de finesse, de tendresse, et dans le même temps de solitude et d’angoisse. Parfait pour les âmes malmenées.

Pour continuer sur la littérature étrangère, les Etats-Unis, l’Angleterre, la Colombie, et l’Inde sont également au rendez-vous de mes plus belles lectures 2015. Tout d’abord avec le classique Moby Dick, relu avec un très grand plaisir dans le cadre d’une lecture commune avec Aaliz, tristement absente de la blogosphère depuis le mois d’août dernier. Cartographie des nuages, peut-être plus connu sous le nom de son adaptation cinématographique Cloud Atlas, est un roman choral absolument impressionnant à la fois par son récit et par la maîtrise stylistique de l’auteur David Mitchell. Je ne l’ai pas encore fait, mais je ne désespère pas de vous commenter le monumental Cent ans de solitude de Gabriel García Márquez. Plus discret et extrêmement sensible, j’ai également envie de citer ici Le toit de tôle rouge de Nirmal Verma, conseillé par Marine.

L’équilibre entre littérature française et étrangère est maintenu puisque sur les 84 ouvrages lus, 41 ont été écrits par des français contre 43 par des auteurs étrangers (tous pays confondus). Malgré tout, pour la France, je ne retiens cette année que 3 livres (contre 6 en 2015). Les trois m’ont été conseillé par mon ami et libraire Julien. Il déteste que je le cite sur ce blog mais dans la mesure où il est également à l’origine de mes lectures d’Une trop bruyante solitude, de Cartographie des nuages, de Cent ans de solitude et de très nombreux autres excellents titres dont vous retrouverez mes avis en cliquant sur le tag « Julien », il est difficile de s’abstenir de le nommer. Pour en revenir à la littérature française, Julien est l’une des rares personnes à savoir me persuader de lire des polars et romans noirs. Cette année particulièrement, il m’a convaincue et complètement bluffée avec un livre d’Anne-Catherine Blanc, qu’il a par ailleurs largement défendu à Quais du polar, Les chiens de l’aubeDans un tout autre registre, il m’a offert un livre que je n’ai pas encore commenté – pour cause de trop grande implication personnelle dans ma lecture -, L’invisible dehors : carnet islandais d’un voyage intérieur de Pierre Cendors. Je n’ai jamais lu de récit de voyage aussi intime et aussi riche dans la description d’un espace intérieur. Le troisième livre écrit par un auteur français est un essai de Nicolas Cavaillès, Le saut des baleines, une apologie de l’absurde et de la liberté écrit dans une langue extrêmement technique, un ouvrage absolument hallucinant et hors norme que je vous invite à découvrir à votre tour.

Pour clore cette liste de coups de cœur 2015, j’intègre pour la première fois un roman graphique dont je vous parlais pas plus tard que la semaine dernière, Le piano oriental de Zeina Abirached.

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Enfin, et avant de vous laisser avec le bilan statistique de WordPress, je remercie les commentateurs réguliers de ce blog : Alex, Jérome, Alison qui s’est malheureusement pour nous retirée de la blogosphère, Anne et Chapitre Onze. Je remercie également les personnes plus discrètes mais avec lesquelles les échanges littéraires ne  sont pas moins riches sur le web et souvent ailleurs : Mina, Cyve, Lili, Mior dont le blog est en berne, Valentyne, Marilyne dont la présence sur Lire et merveilles me manque aussi,  Sandrine, Marine, Aaliz dont le retour sur la blogosphère ne tardera pas trop je l’espère, Maman, Kamila, Julien, Rita, Marina, Vanessa… et puis les silencieux qui passent ici sans le dire et y trouve peut-être quelque chose pour eux.

Je vous souhaite à tous une belle année 2016 !

Et laisse place aux lutins de WordPress et à leur rapport annuel. 😉

En voici un extrait :

Le Concert Hall de l’Opéra de Sydney peut contenir 2 700 personnes. Ce blog a été vu 12 000 fois en 2015. S’il était un concert à l’Opéra de Sydney, il faudrait environ 4 spectacles pour accueillir tout le monde.

Cliquez ici pour voir le rapport complet.

1913 : chronique d’un monde disparu – Florian Illiès

Entre essai et roman, 1913 : chronique d’un monde disparu nous propose de retracer en 12 chapitres, un par mois, quelques anecdotes, qui auraient pu être anodines, de l’année 1913. A la veille de la première guerre mondiale, le monde artistique est en pleine ébullition, les hommes politiques qui marqueront le XXème siècle ne sont pas encore ce qu’ils deviendront.

Pour vous mettre dans l’ambiance, rien de tel que les premières lignes de janvier :

« C’est le mois où Hitler et Staline se rencontrent en se promenant dans le parc du palais de Schönbrunn, Thomas Mann est à deux doigts de se voir déclaré homosexuel, et Franz Kafka sur le point de tomber fou amoureux. Chez Sigmund Freud, une chatte se prélasse sur le divan. Il fait très froid, la neige crisse sous les pieds. »

Nous les rencontrerons tous, ces grands inégalés de début de siècle, ceux qui font mes lectures depuis des années – et beaucoup d’autres : Sigmund Freud, Carl Gustav Jung, Marina Tsvetaeva, Rainer Maria Rilke, etc.

Florian Illiès nous en dresse les portraits à la fois justes et décalés, toujours avec humour. La littérature n’est pas la seule au rendez-vous, tous les grands savants de ce temps, mathématiciens et sociologues sont présents d’Einstein à Max Weber, les plus grands artistes de Picasso aux amours déçus de Kokoschka, de Camille Claudel à Auguste Rodin, de Marcel Duchamp à Stravinsky, de Matisse à Chagall, etc. Chaque mois de l’année est autant d’occasions de (re-)découvrir une époque et ceux qui l’ont faite, dans leur quotidienneté la plus triviale. Ces aléas de vies formeront bientôt notre mémoire collective et nos références culturelles pour des décennies.

Il n’est pas nécessaire de connaître toutes les personnes citées, il est impossible de n’en connaître aucune. Chacun, je crois, y trouvera ses marques selon qu’il s’intéresse d’avantage à la politique, la musique, la peinture, la science, la psychologie… Toute la force de Florian Illiès réside dans cette capacité qu’il a à mettre en évidence, sans se prendre au sérieux, le carrefour foisonnant qu’est cette année 1913. Carrefour auquel chacun arrive par sa propre voie et à partir duquel, nécessairement, de nouvelles pistes s’ouvrent. J’ai adoré relire les Lettres à Felice de Kafka – qui m’avaient paru si plombantes – avec le recul et la légèreté de Florian Illiès, rire et m’attendrir des passions désespérées de ces artistes qui auraient pu être ratés, m’offusquer de découvrir la fascinante Lou Andreas-Salomé telle une mante religieuse manipulant ses hommes, frémir de découvrir un Hitler jeune et pommé, il aurait pu en rester là.

D’anecdotes en rebondissements, les univers s’entrecroisent, et si je devais en garder un, juste pour moi, ce serait celui de la peinture, que je ne connais pas mais que j’ai eu envie d’approfondir en refermant le livre.

Lu fin 2014 et découvert grâce à L’Esprit Livre, ce roman documentaire fait partie de mes coups de cœur parmi lesquels vous retrouverez plusieurs auteurs cités par Florian Illiès.

La Horde du Contrevent – Alain Damasio

« Chef d’œuvre porté par un bouche-à-oreille rare » et pour cause, mon ami m’en parle comme l’un des livres les plus marquants qu’il ait lu. Je l’ai offert deux fois depuis que je l’ai terminé en décembre dernier. Je me rappelle le moment où j’ai ouvert la première page  :

« A la cinquième salve, l’onde de choc fractura le fémur d’enceinte et le vent sabla cru le village à travers les jointures béantes du granit. Sous mon casque, le son atroce du roc poncé perce, mes dents vibrent – je plie contre Pietro, des aiguilles de quartz crissent sur mon masque de contre. A terre, dans la ruelle qui nous couvre, deux vieillards tardifs qui clouaient un volet ont été criblés ; plus loin au carrefour, je cherche en vain la poignée de mômes qui crânaient front nu en braillant des défis que personne, pas même nous, ne peut à cette puissance, et sous cette viscosité d’air, relever. »

J’espère que je ne vous ai pas perdu. A la lecture de ces premières lignes, sincèrement j’ai eu peur. La Horde du Contrevent ne se lit pas à la légère, j’ai attendu d’être chez moi pour le reprendre avec calme et concentration. A l’heure où je redécouvre ce texte pour vous le transmettre, je dépasse la première vague d’incompréhension, je vois la scène, j’accroche aux syllabes, agressives comme des lames de couteau contre une table en verre, poétiques et musicales. Si je m’écoute, je vous abandonne au milieu de cet article et reprend la marche avec la Horde, physiquement.

Livre OVNI par excellence, il faut du temps pour en intégrer toute la portée. J’attends depuis des semaine de trouver les mots pour vous en parler. J’ai lu La Horde du Contrevent comme on monte sur un ring de boxe. Avec Alain Damasio, la lecture devient une activité physique addictive. Outre la langue, réinventée et perfectionnée à chaque ligne, les vingt-trois membres de la trente-quatrième horde nous sont décrits avec un tel réalisme qu’ils en deviennent humains. A chaque paragraphe, le narrateur – toujours l’un de membres du groupe – change et nous propose un regard différent sur chaque étape du voyage et sur la personnalité complexe et fouillée de chacun de ses compagnons. En plus d’une marche absurde ou sensée – selon les circonstances, le personnage ou la météo – consistant à partir de l’Extrême-Aval pour remonter à pied, nécessairement, jusqu’à l’Extrême-Amont d’un monde ravagé par les vents, Alain Damasio nous propose indirectement une profonde réflexion sur l’Autre – et par conséquent un peu sur soi -, sur le but à atteindre – qu’est-ce que l’Extrême-Amont finalement ? -, il développe toute une science et un alphabet fait de ponctuation autour des vents et de leurs descriptions, il fait preuve d’une maîtrise et d’une capacité à jouer avec la langue française absolument surprenante, il offre au lecteur – à moi en tout cas ! – une métaphore magnifique du combat contre ses propres démons, libre à chacun de les nommer. La Horde du Contrevent est aussi un roman très actuel qui nous amène à réfléchir sur nos sociétés hyper robotisées et numérisées – pour ne pas dire hyper assistées… Il nous rappelle à l’ordre des valeurs fondamentales nécessaires à toute Horde digne de ce nom, et loin des discours pré-établis il souligne toute l’ambiguïté et la difficulté de s’y tenir.

Bref, tout cela fait beaucoup pour un seul livre. Quand je l’ai eu terminé, plusieurs jours de « deuil » m’ont été nécessaires avant de pouvoir apprécier, à nouveau, d’autres lectures qui me semblaient alors bien fades… La Horde du Contrevent d’Alain Damasio, auteur lyonnais par ailleurs ;), fait glorieusement partie de mes coups de cœur 2014, et je suis convaincue qu’une deuxième lecture ne ferait que mettre en lumière de nouveaux aspects que je n’ai pas perçus. Ce roman hors norme me travaillera au corps encore longtemps…

Et vous, l’avez-vous lu ? Qu’en avez-vous pensé ? A-t-il laissé des traces ?

Mes coups de cœur 2014

Poésie

Incontestablement, 2014 aura été pour moi une année poétique avec la découverte, d’abord, de la poésie russe puis allemande, et quatre coups de cœur littéraires : un essai de Nadejda MandelstamSur Anna Akhmatova, publié aux éditions Le Bruit du Temps, traduit par Sophie Benech, et Mon Pouchkine de Marina Tsvetaeva, auteur que j’ai lu pour la première fois fin 2013 et traduite ici par André Markowicz. Rainer Maria Rilke est l’autre grande révélation de l’année. Je retiens ici deux de ses recueils : Les Élégies de Duino traduit par Maximine et Le livre de la pauvreté et de la mort traduit par Arthur Adamov, sa correspondance avec Lou Andreas-Salomé vaut également le détour. A noter que jamais je n’aurais osé m’attaquer à ce pan de la littérature mondiale sans les incitations de mon si-merveilleux-libraire…

La poésie française n’est pas en reste. Louis Calaferte était à l’honneur cette année à la bibliothèque de La Part-Dieu ; l’occasion pour moi de lire plusieurs de ses recueils et d’apprécier son humour, tout autant que la douceur de ses vers. Je retiens ici Sauf-Conduit, parce qu’il faut bien choisir… Zéro m’a aussi beaucoup plu. Plus contemporaine, j’ai également découvert, parmi les coups de cœur de la bibliothèque, la poétesse et dessinatrice Mâkhi Xenakis avec Laisser venir les secrets. N’hésitez pas à relire ma chronique 😉

Les romans

Quatre romans très différents retiennent mon attention cette année. Le mur invisible de Marlen Haushofer, auteur autrichienne, chaudement recommandé par L’Esprit livre, est probablement LE livre qui m’a le plus marqué cette année. Il parle, à mon sens, de solitude et de dignité humaine, mais j’ai l’impression que chaque lecteur en a sa propre vision, et les interprétations sont assez différentes. L’archéologue de Philippe Beaussant est un chef d’œuvre, pour reprendre les mots de la librairie Passages. Roman universel par excellence, il aborde toutes les grandes questions de la vie tout en restant accessible au plus grand nombre.  La Horde du Contrevent d’Alain Damasio est l’un de ces livres qui vous accompagnent longtemps, je l’ai lu il y a quelques semaines à peine et ne trouve pas encore les mots pour vous en parler. Cela viendra… Gioconda de Nikos Kokàntzis est ma petite perle de ce mois de décembre : livre unique de cet auteur grec, autobiographique, c’est mon roman d’amour de l’année. Chronique à venir… Merci à mon homme pour ces deux derniers romans !

Les essais

Deux essais pour conclure cette liste de coups de cœur 2014. Religions : les mots pour en parler de François Bœspflug, Thierry Legrand et Anne-Laure Zwilling parce qu’il m’a remis le pied à l’étrier des sciences religieuses ; et 1913 : chronique d’un monde disparu de Florian Illies, en cours de lecture à l’heure où j’écris ces lignes, parce qu’il parle de tous ces grands personnages qui accompagnent régulièrement mes lectures : Franz Kafka, Rainer Maria Rilke, Carl Gustav Jung, Sigmund Freud, Lou Andreas-Salomé, mais aussi Rudolf Steiner, Picasso, Matisse, Staline, Hitler, Kokoschka, Louis Armstrong, Stravinsky, j’en passe et des meilleurs… (merci encore L’Esprit Livre pour ce petit bijou ! ).

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Un beau bilan et une belle année littéraire en ce qui me concerne, offrant de très jolies perspectives de lecture pour 2015. 🙂

Et vous ? Avez-vous lu ces livres ? Qu’en avez-vous pensé ? Et surtout, quels livres ont marqué votre année 2014 ?