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Les morues – Titiou Lecoq

20_1575884Ce que j’aime le plus lorsque l’on m’offre un livre, ce n’est pas tant l’objet lui-même que la part d’eux-mêmes que mes amis ont choisi de partager en m’offrant le-dit livre. Ils ont beau se retourner les méninges pour deviner ce qui me ferait le plus plaisir ou conviendrait le mieux à ma situation du moment, ils ne peuvent que difficilement lutter contre leurs propres attirances littéraires. Et c’est ainsi qu’ils bousculent les habitudes, me font grogner, me déstabilisent et le plus souvent me font bien rire. En effet, si j’ai un goût prononcé pour la « littérature des profondeurs », celle-qui-extirpe-et-expose-à-tout-vent-les-âmes-désespérées-de-leurs-auteurs – devinez mon air grave et concentré un tantinet ridicule derrière l’écran – mes amis, heureusement pour moi, ont l’esprit plus léger et l’humour plus facile. Et c’est ainsi que j’ai pu expérimenter pour ma toute première fois la chick lit’ ! 😀

Les morues, premier roman de Titiou Lecoq, se lit à une vitesse démesurée pour ses 400 pages. En suivant les aventures de trois copines : une descendante de marquise, une journaliste et une barwoman, et un homme, surdoué complexé masquant son intelligence par un emploi de secrétaire qu’il a obtenu en effaçant ses diplômes de l’ENS de son CV. Bref un sacré quatuor brusquement confronté au suicide d’une amie commune, Charlotte. Titiou Lecoq nous entraîne alors dans le quotidien de ceux qui restent. Sur le ton de l’humour, elle aborde des sujets de société franchement variés, parfois graves, un peu politiques : féminisme, viol, restriction des budgets publics, et puis aussi et surtout l’amour et ses revirements, les questionnements qu’il entraîne pour des trentenaires loin d’être casés, encore adolescents, adultes par la force des choses.

Si j’ai souvent pesté contre la légèreté avec laquelle certains sujets sont abordés, contre le féminisme outrecuidant de ces demoiselles, contre le sexisme caricatural de ces messieurs, contre le style oral franchement simplifié, j’ai aussi parfois été surprise par la justesse des problèmes ciblés, finalement extrêmement proches de notre quotidien et rarement assumés. Et surtout, j’ai ris plus d’une fois devant ces personnages attendrissants, devant ces scènes qu’il fallait oser écrire, ce pas de côté par rapport à la réalité. Ni tout à fait plausible, ni complètement farfelu.

Une drôle de lecture en somme. Une jolie bousculade et un bon moment partagé !


Les morues – Titiou Lecoq
Le Livre de Poche, 2013, 408 p.


Challenge concerné

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La condition magique – Hubert Haddad

Voilà bien longtemps que je ne m’étais pas laissée guider par le hasard dans mes choix de lectures : aucun conseil de libraire, d’ami ni même de blogueur. Une simple couverture Zulma en évidence sur une table de la librairie Terre des livres, un format poche, pas même une nouveauté, ni le moindre petit mot pour attirer l’œil. La quatrième de couverture rehaussée de superlatifs et autres adjectifs grandiloquents : richissime, extravagant, himalayens, quête d’absolu, foisonnant, vertigineux…
Des personnages tape-à-l’œil : jeune et fragile étudiante, beau ténébreux endeuillé et incompris, universitaire blasé. Rien n’aurait dû les rassembler mis à part la fantaisie de leur auteur.

Si j’ai, dans un premier temps, accroché au style de l’auteur et aux descriptions des sommets du toit du monde ouvrant le récit, si j’ai été intriguée par les dérives désespérées de Marghrète, j’ai aussi rapidement perdu le fil de ces histoires banales et décousues qui auraient voulu trouver leur sens sur les cimes himalayennes. Entre l’introduction et la conclusion sommitales se déroule un ennuyeux quotidien intellecto-universitaire mêlé d’allusions à Descartes et d’abus sectaires peu crédibles dont je suis finalement restée très distante.

Je garde de ce livre un arrière-goût de traîtrise : j’en attendais beaucoup et l’écriture sophistiquée me faisait miroiter un scenario exigeant et cohérent. J’hésite à tenter l’aventure une seconde fois.

Avez-vous lu et aimé un livre de Hubert Haddad ? Si oui, lequel et pourquoi ?


La condition magique – Hubert Haddad
Zulma, 2014, 281 p.
Première édition : 1997


L’incendie – Antoine Choplin et Hubert Mingarelli

J’avais adoré Les gouffres d’Antoine Choplin, en particulier la première nouvelle du recueil, et je me faisais une joie de découvrir les écrits de son ami Hubert Mingarelli grâce à ce roman épistolaire à quatre mains. J’ai eu vent de cet ouvrage lors de la dernière édition du Festival du livre de Bron, j’ai pu y entendre en conférence les deux auteurs accompagnés d’un troisième larron irlandais, Dov Lynch. Tous trois attablés sur leur estrade, approuvés par la journaliste, ils ont su me convaincre par l’usage de grands gros mots sans consensus sur le sens de la littérature et tutti quanti. Il me fallait me faire un avis !

L’incendie, c’est un court échange de lettres entre deux amis, vivant l’un en Argentine, l’autre à Belgrade, qui se remémorent les événement de la guerre d’ex-Yougoslavie. Un auteur pour chaque protagoniste, c’est aussi le jeu de deux amis écrivains qui tentent de tracer la route ensemble sans trop savoir où ils vont… et le récit s’en ressent un peu trop malheureusement. J’ai cherché longtemps les grands gros mots dont je parlais plus haut. Que nenni ! Ils n’y sont point, ou alors beaucoup trop rapidement évoqués. Quand finalement le récit trouve sa trame, son objet, son but, les lettres s’achèvent et laisse le lecteur sur sa faim.

Je n’y ai pas cru. Je ne désespère pas pour autant, je me suis déjà procurée La nuit tombée d’Antoine Choplin sur les conseils assurés de mon libraire et j’attends les vôtres pour découvrir Hubert Mingarelli dans toute sa dimension.

Quant à Dov Lynch ? Il m’a laissé de marbre… L’avez-vous déjà lu ?


L’incendie – Antoine Choplin et Hubert Mingarelli
La Fosse aux ours, 2015, 80 p.


Challenges concernés
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