Archives pour la catégorie Challenges, emplettes, autres trucs…

Premières lignes… #17

Je suis née à quatre heures du matin, le 9 janvier 1908, dans une chambre aux meubles laqués de blanc, qui donnait sur le  boulevard Raspail. Sur les photos de famille prises l’été suivant, on voit de jeunes dames en robes longues, aux chapeaux empanachés de plumes d’autruche, des messieurs coiffés de canotiers et de panamas qui sourient à un bébé : ce sont mes parents, mon grand-père, des oncles, des tantes, et c’est moi. Mon père avait trente ans, ma mère vingt et un, et j’étais leur premier enfant. Je tourne une page de l’album ; maman tient dans ses bras un bébé qui n’est pas moi ; je porte une jupe plissée, un béret, j’ai deux ans et demi, et ma sœur vient de naître. J’en fus, paraît-il jalouse, mais pendant peu de temps. Aussi loin que je me souvienne, j’étais fière d’être l’aînée : la première. Déguisée en chaperon rouge, portant dans mon panier galette et pot de beurre, je me sentais plus intéressante qu’un nourrisson cloué dans son berceau. J’avais une petite sœur : ce poupon ne m’avait pas.

Mémoires d’une jeune fille rangée – Simone de Beauvoir [incipit]

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Premières lignes…#16

Samedi 

De l’événement, ne chercher à tirer ni enseignement, ni morale.

Pas d’aphorisme.

Essayer simplement de vivre avec ce corps…
Essayer simplement de vivre avec ce corps.

Ne pas gâcher le voyage.

Vouloir être là ;

Là ; parmi les hommes.

Les jeunes constellations – Rayas Richa [incipit]

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Premières lignes…#15

Scène I

Intérieur bourgeois anglais, avec des fauteuils anglais. Soirée anglaise. M. Smith, Anglais, dans son fauteuil et ses pantoufles anglais, fume sa pipe anglaise et lit un journal anglais, près d’un feu anglais. Il a des lunettes anglaises, et une petite moustache grise, anglaise. A côté de lui, dans un autre fauteuil anglais, Mme Smith, Anglaise, raccommode des chaussettes anglaises. Un long moment de silence anglais. La pendule anglaise frappe dix-sept coups anglais.

Mme Smith

Tiens, il est neuf heures. Nous avons mangé de la soupe, du poisson, des pommes de terre au lard, de la salade anglaise. Les enfants ont bu de l’eau anglaise. Nous avons bien mangé, ce soir. C’est parce que nous habitons dans les environs de Londres et que notre nom est Smith.

La cantatrice chauve, Eugène Ionesco [incipit]

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Premières lignes… #14

Je naquis, un jour, dans la félicité de la bête assoupie à l’ombrage du sang, une langueur m’enivrant dans les cris du monde, dans le silence du soleil qui sépare la vie et la mort.

Allaité de chaos sur le sein des vierges, je m’élançai sur les brisants des humanités, renversai la mémoire des sages et des esclaves, tranchai l’invisible harpe qui envoûte les destins.

Par une grâce vengeresse et sobre, je me perdis dans l’infinie cité figée d’effroi devant le barbare, et je marchai, le front clair et le cœur sans échos, contre les dieux et contre les hommes.

Mais une blanche poussière atterra mes muscles – un râle inconnu m’arrachant le souffle, je vis mon âme bannie dans l’orgie des enfers, dépecée par les racines invisibles du ciel.

En vain, je m’enfuis sur les rives où des nymphes dans l’ardeur des couchants guettent l’éphémère beauté des mortels ; seul je me couchai, le corps brûlant de solitude, saoul d’incommensurable oubli.

A l’aube, les sens dévorés par les aurores et usés par les ténèbres, une noire innocence m’étreignit : qu’étais-je, assoiffé de vie sous la pâleur des firmaments, à mendier la bonté d’un arbre et d’une femme ?

Si une rivière est seule, si une montagne est seule, si le ciel n’est qu’effrénée solitude au milieu de l’univers, pourquoi respirer, s’enivrer d’inconnu dans les fossés d’une éternité sans lendemain ?

Qu’importe migrer en des torrents de lumière ou dans les ravins asséchés de la folie, poser sa bouche sur l’immortalité de la femme – le secret de la vie n’existe pas et nous conquérons des labyrinthe.

Un jour, quand nous serons revenus, évadés des réalités sans rémission, exsangues et rescapés, les fleuves et les vents, la tourbe et les feuilles panseront nos plaies.

Nous conterons, dans le bruissement des sources et le silence des estuaires, comment au-dessus des lois de l’univers une immense bleuité retient les ténèbres et les hommes de sombrer.

Un jour, la vie étanchera sa soif en nos âmes, et nous irons en des contrées où, les corps éblouissants et les sens neufs, nous courrons, loin des frénésies des conquérants du vide.

Les icônes du néant – Vladimir André Cejovic [incipit]

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Premières lignes… #13

– Impossible de sortir on dirait, dit-il. Puis il ajoute : Mais on sortira.
Au nord, entourée de lacs grands comme des océans, la forêt s’étend jusqu’au pied d’une chaîne de montagnes. Au milieu de la forêt, il y a un puits. Le puits fait environ sept mètres de profondeur et ses parois irrégulières forment une muraille de terre humide et de racines, son embouchure est étroite et sa base plus large, comme une pyramide vide et émoussée. De veines lointaines en galeries affluentes de la rivière, une eau sombre s’écoule au fond du lit, le tapissant d’un dépôt terreux et d’une boue piquée de bulles qui, en éclatant, restituent à l’atmosphère son parfum d’eucalyptus. Peut-être à cause du mouvement des plaques tectoniques, ou de la continuelle brise tourbillonnante, les petites racines s’agitent, se retournent et paradent en une danse lente et angoissante qui évoque les entrailles des forêts dirigeant lentement le monde.
Le frère aîné est grand. Il gratte la terre pour former des marches, mais lorsqu’il y pose le pied, tout son corps s’affaisse et le mur s’éboule.
Le frère cadet est petit. Assis par terre, les bras autour des jambes, il souffle sur la blessure fraîche qu’il a au genou. En se disant que le premier sang coule toujours dans le camp des plus faibles, il observe son frère tomber, une, deux, trois fois.

Le puits – Iván Repila

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Mes petites emplettes… #20

En ce mois de juin,

j’ai emprunté deux livres en bibliothèque, 
et j’ai dû les rendre sans même avoir eu le temps de les ouvrir (lamentable !)

Madame V. m’a prêté…
un livre tout droit sorti d’une opération Masse Critique de Babelio

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Un cadeau, 
❤ j’ai reçu, tout lu ❤

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Le deuxième opus du Grand Trip des éditions du Tripode
est arrivé

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(c) Yannick Sage-Glarner

Et surtout, je découvre les éditions L’âge d’homme
avec ce recueil de poésie

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Premières lignes… #12

La Maison se dresse aux confins de la ville, en bordure d’un quartier appelé les « Peignes » où d’interminables immeubles sont alignés en rangs crénelés, telles des dents plus ou moins régulières. Séparées à la base par des cours de béton servant d’aires de jeux, les tours sont percées d’innombrables yeux. Là où elles n’ont pas encore poussé, s’étendent des ruines masquées par des palissades. Les enfants, d’ailleurs, s’intéressent bien plus aux décombres qui s’y cachent, refuge des rats et des chiens errants, qu’aux espaces aménagés pour eux.
C’est sur ce territoire neutre, à la frontière entre deux mondes, les immeubles et les terrains vagues, que fut bâtie la Maison. On l’appelle aussi « la grise ». Son ancienneté la rapproche des ruines, derniers vestiges des édifices de son temps. Elle est isolée – les tours gardent leurs distances – et, plus large que haute, elle ne ressemble pas du tout à une dent. Ses trois étages donnent sur une autoroute. Son toit est hérissé d’antennes et de fils, sa chaux s’effrite, ses lézardes pleurent. Elles est aussi dotée d’une cour, un long rectangle cerné de grillage. Autrefois, sa peinture était blanche. Désormais c’est le gris qui domine, sauf pour le mur à l’arrière, qui a jauni. Côté cour, s’entassent garages, appentis, bacs à ordures et niches à chiens. La façade, quant à elle, est triste et nue. Comme on pourrait s’y attendre.
Personne ne l’admettra, mais les habitants des tours ne voient pas la Maison grise d’un bon œil. Ils préféreraient ne pas l’avoir dans leur voisinage. Ils préféreraient en vérité qu’elle n’existe pas du tout.

La Maison dans laquelle – Mariam Petrosyan

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Premières lignes… #11

I

Cette nuit-là, la lune était un peu jaune. A l’instant précis où Lala sortait de la ruelle dallée pour s’engager dans la grand-rue revêtue de pierre, la maison de thé A la bonne foi, située de l’autre côté de la rue, s’écroula avec fracas. La terre trembla et un gros nuage de poussière s’éleva dans les airs avec un bruit assourdissant. Derrière les gens qui déferlaient comme des rats et les planches du bâtiments qui volaient, Lala vit son mari qui semblait tomber du ciel, s’abattre dans le chaudron d’eau bouillante au milieu de la salle. Il se débattit quelques instants tels un gros poisson, avant que la fournaise n’engloutisse l’auguste établissement vieux d’un siècle.

Tu es une rivière – Chi Li [incipit]

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Premières lignes… #10

I

Voilà, ça y est. Je suis dans l’avion qui m’amène à Douala.

Retour au pays.

Mon cœur bat si fort.

La joie, mais aussi la peur de rentrer à la maison. Douala, j’y ai vu le jour et passé les dix-huit premières années de ma vie.

J’y ai grandi sans presque jamais me rendre dans une autre ville du pays. A l’exception de Yaoundé, la capitale.

Doualaien, qu’est-ce qui fait de moi un Camerounais ?

Cela me rappelle des amis genevois qui, malgré l’excellent réseau ferroviaire suisse, n’ont jamais traversé la Sarine à Fribourg pour se rendre en Suisse alémanique.

Qu’est-ce qui fait d’eux des Suisses ?

Confidences – Max Lobe [incipit]

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Premières lignes… #9

I

Le 24 mai 1863, un dimanche, mon oncle, le professeur Lidenbrock, revint précipitamment vers sa petite maison située au numéro 19 de Königstrasse, l’une des plus ancienne rue du vieux quartier de Hambourg.
La bonne Marthe dut se croire fort en retard, car le dîner commençait à peine à chanter sur le fourneau de la cuisine.
« Bon, me dis-je, s’il a faim, mon oncle, qui est le plus impatient des hommes, va pousser des cris de détresse.
– Déjà M. Lidenbrock ! s’écria la bonne Marthe stupéfaite, en entrebâillant la porte de la salle à manger.
– Oui, Marthe ; mais le dîner a le droit de ne point être cuit, car il n’est pas deux heures. La demi vient à peine de sonner à Saint-Michel.
– Alors pourquoi M. Lidenbrock rentre-t-il ?
– Il nous le dira vraisemblablement.
– Le voilà ! je me sauve, monsieur Axel, vous lui ferez entendre raison. »
Et la bonne Marthe regagnât son laboratoire culinaire.

Voyage au centre de la terre – Jules Verne [incipit]

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