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Alors, ce bilan 2016 ?

Toujours aussi difficile à établir pour ma part ! Côté chiffres, je me ramollis avec 62 livres lus cette année contre 84 en 2015. Ma pratique du blog, très intense en début d’année, a considérablement flanché sur la fin : signe d’une volonté de ma part de mieux sélectionner ce que je lis mais aussi ce que je partage ici. L’expérience montre qu’il n’est rien de plus efficace pour mettre en avant un livre que de publier un avis négatif qui prendrait le contre-pied d’autres points de vue positifs. Si le débat est potentiellement fécond, la polémique médiatique m’intéresse de moins en moins. En 2017, la prise de recul sera de mise et les coups de cœur aussi je l’espère !

Pour 2016, le bilan est très bon. Parmi tous les livres lus, une vingtaine méritaient d’être mis en avant ici. J’en ai finalement retenus 9…

En premier lieu, des classiques… 

A savoir, Les braises de Sándor Márai, Terre des hommes d’Antoine de Saint-Exupéry et Voyage au centre de la terre de Jules Verne.


En littérature contemporaine…

Je retiens trois romans particulièrement riches et denses : Soundtrack de Hideo Furukawa, Le sillage de l’oubli de Bruce Machart et Le garçon de Marcus Malte.

Proches de la nouvelles, ces deux courts récits relèvent du prodige : Le puits d’Iván Repila et Galpa de Marcel Cohen.

Pour conclure sur une note poétique…

J’ai pu continuer à découvrir Alejandra Pizarnik en lisant notamment ses Correspondances avec León Ostrov 1955-1966.

9782361660642

Et je vous souhaite une belle année 2017 !

 

Premières lignes…#26

Je ne saurais dire depuis combien de temps je vis à Galpa. Mois, semaines ? Cette façon de compter n’a plus grande signification. Entre les visages dont je connais chaque expression et sur lesquels je ne découvre plus de points de repère, et ma chambre, ma table, ma chaise dans la cour, j’ai découvert au temps une nouvelle dimension : l’épaisseur. Le temps est ici un sable plus ou moins lourd, un sommeil plus ou moins profond. Les événements, tous minimes, et la fissure elle-même, ne modifient plus, par une quelconque perte de conscience, ma vertigineuse plongée en avant. Bien au contraire. Ils sont les petites taches de couleur qui mettent une grande surface peinte en valeur.

Galpa – Marcel  Cohen [incipit]

Un rendez-vous initié par Ma lecturothèque, suivi par Georges, La chambre rose et noireMokaAu café bleuNadègeMon univers Fantasy, La bibliothèque de CélineA la page des livres, Livranthrope, Songes d’une WalkyrieLectoplum, Vague culturelle, Pousse de GingkoColcoriane, Camellia, Page blanche et noire et Au bazar des mots.

Premières lignes… #25

Pour ceux d’entre nous qui, comme moi, connaissaient Egon Storm ne fût-ce qu’un peu, ses débuts tardifs mais magistraux derrière la caméra avec Nebula, à quarante-sept ans, furent la confirmation que nous attendions depuis longtemps.
Même aujourd’hui, un demi-siècle après sa première sortie en salle, ce film demeure dans les mémoires comme un ovni cinématographique et une prouesse technologique phénoménale. Au temps de ses études à la Kvikmyndaskóli Íslands, l’Ecole islandaise de cinéma, rien pourtant ne démarquait le futur réalisateur de ses camarades, sinon peut-être un air plus lointain, quelque chose dans sa contenance de calme et d’effacé à l’excès.

Archives du vent – Pierre Cendors [incipit]

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Premières lignes…#24

Depuis mon retour du Septentrion, Je me répète souvent ces paroles de Magnùs Morland, les rares dont je me souvienne : 

Je ne viens pas en Islande pour voir, au pied d’un glacier, un désert de lave, des geysers ou un volcan, car alors je perdrai l’écho de ce qui m’appelle ici. Je ne viens pas non plus contempler les aurores boréales. Je viens pour rejoindre l’autre côté d’une vision qui m’habite depuis de longues années, une vision dont je ne sais presque rien, sinon que le paysage archaïque, aux reliefs ruiniformes, de cette île qui a surgit de l’Atlantique Nord, il y a de cela 25 millions d’années, lui ressemble.

Ces paroles, de retour de mon voyage, je pourrais me les approprier et les offrir en réponse aux interrogations de mes amis, mais au lieu de cela je me tais et embarrassé par l’insistance de mon propre silence, je me corrige d’une formule : je n’ai pas encore fait le tour de ce voyage ou encore : J’ai approché là-bas quelque chose que je ne connaissais pas, que je recherchais depuis longtemps, qui dépasse ce que je pouvais en imaginer… Je ne sais pas encore en parler… formules qui, pour être vraies, n’en constituent pas moins de piètres échappatoires. A mes intimes seulement, je raconte ce rêve que je fis, un mois après mon retour […].

L’invisible dehors : carnet islandais d’un voyage intérieur – Pierre Cendors [incipit]

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Premières lignes… #22

Tant de sang, elle avait perdu tant de sang lorsqu’il se réveilla dans des draps trempés et qu’il la trouva contre lui, recroquevillée sur le flanc, la peau moite de sueur, gémissante et un chapelet entortillé entre ses doigts crispés, Vaclav Skala sourit en pensant qu’elle venait de perdre les eaux. Il repoussa l’édredon, un cadeau de mariage que leur avait envoyé sa mère restée au vieux pays, et il embrassa Klara sur le front avant de se lever pour aller allumer la lampe. Il gratta une allumettes, et alors il les découvrit qui avait formé des traînées rouges le long de ses jambes et s’étaient collés aux poils drus de ses cuisses : les traces sombres du sang déjà à moitié séché de sa femme.

Le sillage de l’oubli – Bruce Machart [incipit]

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Premières lignes… #21

Même l’invisible et l’immatériel ont un nom, mais lui n’en a pas. Du moins n’est-il inscrit nulle part, sur aucun registre ni aucun acte officiel que ce soit. Pas d’avantage au fond de la mémoire d’un curé d’une quelconque paroisse. Son véritable nom. Son patronyme initial. Il n’est pas dit qu’il en ai jamais possédé un. Plus tard, au cours de l’histoire, une femme qui sera pour lui sœur, amante et mère, lui fera don du sien, auquel elle accolera en hommage le prénom d’un célèbre musicien qu’elle chérissait entre tous. Il portera également un nom de guerre, attribué à l’occasion par les autorités militaires en même temps que sa tenue réglementaire d’assassin. Ainsi l’amour et son contraire l’auront baptisé chacun à sa façon. Mais il n’en reste rien. Ces succédanés aussi seront voués à disparaître à la suite de cette femme et de cette guerre et de l’ensemble du monde déjà ancien auquel elles avaient pris part. Qui le sait ?
Pour peu qu’on daigne y croire, l’unique trace de son passage qui subsiste est celle-ci.

Le garçon – Marcus Malte [incipit]

Premières lignes… #20

Les boucles se formaient et s’entrelaçaient avant de s’allonger docilement dans le même sens. Et le minuscule outil d’acier, cette faiseuse de miracle, œuvrait, sans relâche, imperturbable, comme si elle eût été insensible à la beauté de son oeuvre. Elle semblait n’avoir qu’une préoccupation : accomplir sa tâche du jour. Comme l’abeille, elle ne prenait guère le temps de s’extasier sur la merveille par elle réalisée. Elle ne trouvait là rien d’extraordinaire. Elle existait pour exécuter des points, tout comme l’abeille existait pour confectionner du miel. Et le svelte serviteur de l’art de continuer ses bouclettes qui s’enchaînaient les unes aux autres, presque avec bonheur, comme si elles se réjouissaient d’être liées, de s’appartenir, de n’avoir de sens qu’ensemble.

Histoire d’Awu – Justine Mintsa [incipit]