Premières lignes… #14

Je naquis, un jour, dans la félicité de la bête assoupie à l’ombrage du sang, une langueur m’enivrant dans les cris du monde, dans le silence du soleil qui sépare la vie et la mort.

Allaité de chaos sur le sein des vierges, je m’élançai sur les brisants des humanités, renversai la mémoire des sages et des esclaves, tranchai l’invisible harpe qui envoûte les destins.

Par une grâce vengeresse et sobre, je me perdis dans l’infinie cité figée d’effroi devant le barbare, et je marchai, le front clair et le cœur sans échos, contre les dieux et contre les hommes.

Mais une blanche poussière atterra mes muscles – un râle inconnu m’arrachant le souffle, je vis mon âme bannie dans l’orgie des enfers, dépecée par les racines invisibles du ciel.

En vain, je m’enfuis sur les rives où des nymphes dans l’ardeur des couchants guettent l’éphémère beauté des mortels ; seul je me couchai, le corps brûlant de solitude, saoul d’incommensurable oubli.

A l’aube, les sens dévorés par les aurores et usés par les ténèbres, une noire innocence m’étreignit : qu’étais-je, assoiffé de vie sous la pâleur des firmaments, à mendier la bonté d’un arbre et d’une femme ?

Si une rivière est seule, si une montagne est seule, si le ciel n’est qu’effrénée solitude au milieu de l’univers, pourquoi respirer, s’enivrer d’inconnu dans les fossés d’une éternité sans lendemain ?

Qu’importe migrer en des torrents de lumière ou dans les ravins asséchés de la folie, poser sa bouche sur l’immortalité de la femme – le secret de la vie n’existe pas et nous conquérons des labyrinthe.

Un jour, quand nous serons revenus, évadés des réalités sans rémission, exsangues et rescapés, les fleuves et les vents, la tourbe et les feuilles panseront nos plaies.

Nous conterons, dans le bruissement des sources et le silence des estuaires, comment au-dessus des lois de l’univers une immense bleuité retient les ténèbres et les hommes de sombrer.

Un jour, la vie étanchera sa soif en nos âmes, et nous irons en des contrées où, les corps éblouissants et les sens neufs, nous courrons, loin des frénésies des conquérants du vide.

Les icônes du néant – Vladimir André Cejovic [incipit]

Un rendez-vous initié par Ma lecturothèque, suivi par Georges, La chambre rose et noireMokaAu café bleuNadègeMon univers Fantasy, La bibliothèque de CélineA la page des livres, Livranthrope, Songes d’une Walkyrie, et Lectoplum.

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2 réflexions au sujet de « Premières lignes… #14 »

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