Aujourd’hui l’abîme – Jérome Baccelli

Sur les conseils de mon homme – et pour poursuivre sans le vouloir sur le thème de la couleur bleue – je m’évade, le texte d’Aujourd’hui l’abîme entre les mains, délaissé depuis bien trop longtemps sur ma table de salon. Tout au long de ce roman, j’accompagne la fuite d’un ancien trader, qui pour échapper à son ex-patron, un certain Forese, traverse les océans sur un voilier.

Très dense, le récit alterne entre conversations par écrans interposés entre le narrateur et sa femme, souvenirs d’un séjour dans un couvent de Corte, détails de la vie d’un financier de Wall Street, et surtout raisonnements et déductions pour comprendre le mode de fonctionnement du fameux Forese, obsédé par le vide. A travers la philosophie antique, les découvertes des savants modernes et contemporains, et le bleu des toiles des grands maitres du XIXème et XXème siècle, Baccelli retrace avec son personnage toute l’histoire du vide de ses origines jusqu’à nos jours. Le tout en moins de 155 pages, autant dire que tout cela relève de la prouesse littéraire !

Pour être honnête, je regrette presque que ce roman en soit un. Je reste fascinée par ce condensé de connaissances et j’aimerais être capable de distinguer la fiction du réel. A mon tour, je soulève les questions existentielles et cherche des réponses nécessairement inaccessibles.

«Ne trouvez-vous pas fascinant, avait soufflé John Edward Forese immobile devant ses deux Van Gogh, que quatre cent ans après Toricelli, nul scientifique ne soit encore parvenu à créer le vide parfait ? Il reste toujours un ou deux atomes irréductibles dans les centimètres cubes de leurs belles créations. Et pourquoi n’y parvient-on pas, Pascal ? Pourquoi ? Parce que l’on ne veut pas. Parce que là où le vide demeure, Dieu n’aurait pas sa place. »

L’auteur nous entraine dans une véritable quête du vide : il ne cesse de tourner autour, de lui donner différents noms, voire différentes formes, de le circonscrire.

 » – Et depuis les existentialistes, qu’est-ce qui s’est passé au fond ? Rien ?
– Si. Beaucoup de choses ! La hantise de méditer, la cigarette, le téléphone portable, la radio en sourdine, la télé jamais éteinte. Des news, du bruit, de la contenance, des garde-fous. L’horreur du vide ! « 

Avec Aujourd’hui l’abîme, je suis propulsée à chaque page, d’une époque à l’autre, d’un lieu à l’autre. J’absorbe une quantité folle d’informations artistiques, historiques, scientifiques, et je vois l’histoire d’un concept marginal, ou marginalisé, se dessiner pour aboutir ici et maintenant au rôle attribué à cet insaisissable vide aujourd’hui. Un roman à lire et à relire pour en percevoir toute la dimension.

Pour d’autres critiques plus solides et plus richement développées de ce livre, je vous conseille vivement le blog de Charybde 2. Il reprend un à un les différents personnages cités et synthétise pour chacun d’eux leur rapport au vide selon Baccelli. Pour compléter – on ne se lasse pas comme ça de monsieur Baccelli – vous trouverez son interview par Lucie Eple sur Mediapart.

Quant à moi, j’ai repéré deux autres titres de Jérome Baccelli, Encre brute et Tribus modernes, j’espère pouvoir vous en donner bientôt des nouvelles… Si vous les lisez avant moi, faites-moi signe. 😉

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4 réflexions au sujet de « Aujourd’hui l’abîme – Jérome Baccelli »

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