Le mur invisible – Marlen Haushofer

Le mur invisible (Die Wand en allemand) est probablement l’un des livres les plus étranges et à la fois l’un des plus marquants que j’ai lu cette année. Ecrit en 1963 par l’écrivaine autrichienne Marlen Haushofer, il a été traduit en français en 1985. Réédité cette année dans la collection « Les Incontournables » d’Actes Sud, c’est sa surprenante couverture verte pomme qui m’a d’abord intriguée. Mon charmant libraire s’est ensuite empressé de me convaincre que ce livre était fait pour moi, et comme toujours il a fait mouche !

Pour résumer rapidement, une femme part en vacances avec un couple d’amis, dans leur chalet de montagne. Un matin, elle se réveille et ses amis ne sont pas rentrés de soirée. Elle marche alors vers le village. A mi-chemin, elle se cogne la tête contre un mur invisible… Le livre nous raconte comment la narratrice, dont on ne connait pas le nom, avance, complètement isolée, avec pour seule compagnie quelques animaux domestiques. Le scenario de base me laissait présager une histoire angoissante, ou un conte à la Robinson Crusoë ; seule contre les éléments, elle doit s’en sortir coûte que coûte. Ce n’est pas le cas. Le livre que nous lisons est le fruit de son journal, qu’elle écrit « pour ne pas perdre la raison ». Il s’en dégage une profonde sérénité. Dans une situation qui inviterait d’avantage à un retour à la vie sauvage, elle reste plus humaine que jamais, sage et responsable. Elle semble ne jamais paniquer. Elle fait ce qui doit être fait. Il se dégage une forme d’espoir assez miraculeuse de cette attente. Pas à pas, on avance avec la narratrice, pour suivre son évolution. Pour autant, ce n’est pas un récit psychologique.

Depuis le Mur invisible, j’ai lu d’autres romans et nouvelles de Marlen Haushofer – La cinquième année, Nous avons tué Stella et Sous un ciel infini – tous très beaux. J’ai retrouvé à chaque fois cette ambiance douce et magnétique qui lui est propre, dans un style simple et sans fioriture. Mais dans aucun autre de ces récits, je n’ai retrouvé cette sérénité, cet espoir latent qui caractérise le Mur invisible. J’ai souvent lu dans les critiques littéraires, qu’il y avait toujours une sorte de fêlure, dans les romans de Marlen Haushofer, qui venait rompre une tranquillité première et enfantine. Toutefois, dans le Mur invisible, j’ai eu le sentiment que cette fêlure était dépassée par la narratrice. Ce dépassement, certain l’ont appelé amour, j’ai eu envie de l’appeler dignité.

Si vous êtes tenté par sa lecture, je serai assez curieuse de savoir ce que vous en retenez 😉

Note ajoutée a posteriori : D’autres avis en ligne : Marie, D. , Lectrice en campagne, Adestine, Sylvie Sagnes, Syannelle.

Publicités

13 réflexions au sujet de « Le mur invisible – Marlen Haushofer »

  1. Ping : "Je redoute les pensées de l’aube." | Cunéipage

  2. Moglug Auteur de l’article

    Je suis contente de lire quelqu’un qui a également perçu ce « dépassement ». J’ai aussi lu le recueil de nouvelles « La cinquième année », « Nous avons tué Stella » et « Sous le ciel infini » mais je n’ai jamais retrouvé ce sentiment, bien que j’ai beaucoup aimé ces livres.

    J'aime

    Répondre
  3. Lili

    Ce roman m’a tout simplement bouleversée ! Je me rappelle l’avoir lu comme un page turner, je ne pouvais m’en décrocher, et j’ai ressenti un immense vide en même temps qu’un immense souffle lorsqu’il s’est terminé. Je ne saurai trop décrire mon sentiment mais je l’ai indéniablement rangé dans la catégorie de mes livres fétiches. Cet été, j’ai regardé son adaptation cinématographique. Ce n’était pas gagné mais elle est plutôt réussie !

    J'aime

    Répondre
    1. Moglug Auteur de l’article

      Pour moi aussi c’est un livre fétiche 🙂
      J’ai découvert le film il y a quelques semaines et j’ai beaucoup aimé aussi. Je l’ai regardé en VO et j’ai adoré entendre le texte en allemand. J’ai lu d’autres livres de Marlen Haushofer : La cinquième année, Sous un ciel infini, Nous avons tué Stella. Ils sont tous très beaux mais aucun ne m’a fait l’effet du Mur invisible.

      J'aime

      Répondre
  4. grigrigredin

    J’ai envie de lire ce roman depuis jeudi soir exactement car il a été présenté par un libraire à l’émission « La grande librairie ». Sa présentation et ce qu’en a dit François Busnel m’ont convaincue. Est venue ensuite la lecture de ton billet et les commentaires de Lectriceencampagne et Lili : il ne faut pas que je passe à côté !

    J'aime

    Répondre
    1. Moglug Auteur de l’article

      Effectivement, il est excellent ! Je me disais d’ailleurs ce matin qu’il était peut-être temps pour moi de lire « Sous la mansarde », un autre roman de Marlen Haushofer, épuisé, que j’avais réussi à dénicher chez un bouquiniste. J’attendais un peu pour pouvoir étaler un peu dans le temps le plaisir de la découverte de cette auteur 😉
      J’ai aussi lu « Nous avons tué Stella » et surtout « Sous un ciel infini », j’aime vraiment beaucoup ce style d’écriture ! Mais aucun de ces romans n’égale Le mur invisible !

      Aimé par 1 personne

      Répondre
  5. Ping : Le mur invisible – Marlen Hausdorfer | La jument verte

  6. Ellettres

    J’ai beaucoup aimé ce roman moi aussi mais je l’ai quand même trouvé un peu travaillé par l’angoisse à certains moments… Mais peut-être ai-je projeté mes propres sentiments sur le sujet !

    J'aime

    Répondre
    1. Moglug Auteur de l’article

      Tu n’es pas la seule à le trouver angoissant, et l’angoisse y est bien présente. Mais j’ai eu le sentiment que la protagoniste la dépassait… Et c’est de ce sentiment que découle une certaine sérénité.

      J'aime

      Répondre

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s